Lettre de juillet 2014 de John Ralston Saul Président international, aux membres du PEN


PEN_INTERNATIONAL_LOGO_BLACK jpg_1le 22 juillet, 2014

Chers membres du PEN, chères amies, chers amis,

Vous me pardonnerez cette interruption entre mes lettres. Je n’ai pas cessé de me déplacer depuis début mai, visitant des Centres du PEN en Amérique du Sud, en Europe et en Asie.

D’abord, comme plusieurs d’entre vous le savez, Carles Torner a pris en charge d’une façon intérimaire le poste de Directeur exécutif. Tous les membres de l’exécutif et du Conseil, nous sommes enchantés de cette arrivée. Carles est un membre de longue date du PEN. Il a été membre du Conseil. En tant que président du Comité de la Traduction et des Droits linguistiques, il a mené le dossier de Déclaration universelle des droits linguistiques en 2004. Il a présidé pendant six ans le secteur Littérature et Humanités de l’Institut Ramon Llull, l’équivalent catalan d’un conseil national des arts. Il possède donc une longue expérience en tant que gestionnaire de la littérature. Carles vient de Barcelone et il parle couramment le français, l’anglais, l’espagnol et le catalan. Et bien sûr, c’est un poète et essayiste bien connu.

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Quelques mots au sujet de notre prochain congrès, le 80e, à Bishkek. Tôt en juin, en préparation de l’événement, le Secrétaire international Hori Takeaki, Carles Torner, Markéta Hejkalová, qui est membre du , Conseil, Jena Patel, responsable des congrès au secrétariat, et moi-même nous sommes rendus au Kirghizistan afin de rencontrer les membres du Centre PEN d’Asie centrale, que preside Dalmira Tilepbergenova.

Il va s’agir d’un congrès particulièrement significatif. Plusieurs centaines d’écrivains vont venir dans un pays et une région où notre présence peut avoir un impact important et positif. Nous allons nous retrouver en pleines républiques d’Asie centrale, dans un pays où l’expérience démocratique et de liberté d’expression est la plus sensible. Rappelez-vous aussi qu’il s’agit d’un pays qui est en même temps proche de la Russie, d’une part, et proche de la Chine, d’autre part. Cette réunion sera tout à la fois compliquée, délicate et importante.

Le Centre PEN d’Asie centrale travaille fort au cœur d’un réseau de frontières non seulement politiques, mais aussi linguistiques et culturelles. L’un des buts du Congrès sera de rassembler des écrivains de chacune des cinq républiques de la région. La situation dans les quatre autres pays est beaucoup plus difficile. Et il persiste un grand nombre de tensions ethniques régionales. D’une certaine manière, nous allons tenter d’accomplir à Bishkek ce qui ressemblera à ce qui s’est passé à Belgrade, rassemblant des écrivains de l’ensemble des Balkans, ce qui a permis de créer le Réseau des Balkans, l’une des rares, si ce n’est pas la seule, structure qui réunisse les gens de la région.

Il existe bien sûr encore des problèmes de liberté d’expression au Kirghizistan et lors de notre séjour nous avons soulevé la question auprès des autorités concernées. Le financement du Congrès répondra aux règles d’indépendance du PEN et n’inclura pas de fonds gouvernementaux. Ce sont plusieurs universités et institutions culturelles qui seront impliquées.

L’une de nos nombreuses activités a consisté en un échange avec des étudiants universitaires issus du programme du PEN d’Asie centrale qui est l’École d’été sur la liberté d’expression. Chacun d’entre eux a pu expliquer de quelle manière ce programme du PEN lui avait donné le courage de s’exprimer à voix haute dans le contexte de sa propre existence. Leur ouverture d’esprit et la clarté de leur perception de la liberté d’expression étaient franchement émouvantes.

Finalement, je veux ajouter que Bishkek est une ville étonnante, entourée par les montagnes du Caucase et habitée par un mélange des populations de l’Asie centrale. Ceux d’entre vous qui allez venir y apprendrez beaucoup et vous serez fascinés.

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Tôt en mai, je suis allé avec James Tennant, notre directeur des programmes littéraires, en Argentine et au Chili. Cela faisait partie de notre effort pour renforcer le rôle du PEN en Amérique latine, entre autres raisons pour confronter la violence qui est faite aux écrivains et contrer l’impunité qui subsiste dans de nombreux pays et protège les responsables de violations de la liberté d’expression. Aux premiers rangs, hélas, on trouve le Honduras (http://tinyurl.com/p3gn7qo) (http://tinyurl.com/mekfopz), le Mexique (http://tinyurl.com/m2m49ey) (http://tinyurl.com/nfj62qf) et le Brésil. Notre centre brésilien est maintenant fort et actif, tout comme ceux du Mexique et du Nicaragua. Peut-être pourrons-nous créer un centre hondurien au congrès de Bishkek.

Les Centres argentin et chilien ont tous les deux une longue histoire. Notre but est maintenant d’encourager les principaux écrivains des deux pays à s’y joindre pour que les Centres puissent légitimement représenter les courants importants de ces riches communautés littéraires. Les deux présidents locaux – Beatriz Curia en Argentine et Aileen L’Huillier au Chili – s’appliquent à y réussir.

À Buenos Aires, nous avons participé à un dialogue important dans le cadre de la Foire du Livre puisque nous nous sommes réunis à la Bibliothèque nationale avec un fort pourcentage des principaux écrivains, éditeurs, journalistes et traducteurs du pays. Luisa Valenzuela et Gabriela Adamo de la Foire du livre de Buenos Aires, et plusieurs autres personnes ont rendu cet événement possible. Nous sommes maintenant en pleine campagne de recrutement et les résultats sont encourageants.

À Santiago, une grande réunion s’est tenue à la Fondation Neruda, et plusieurs autres rencontres ont eu lieu. Grâce à Antonio Skármeta (maintenant membre du C.A. du PEN-Chili) et Fernando Sáez García, Directeur exécutif de la Fondation Neruda, et plusieurs autres, une campagne de recrutement a maintenant commencé. Presque tous les écrivains principaux veulent s’engager dans la cause.

Par ailleurs, grâce à Antonio, nous avons pu rendre une visite de courtoisie à Nicanor Parra, maintenant âgé de 100 ans. Nous l’avons trouvé brillant et drôle. Un modèle pour nous tous.

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Après le Chili, je me suis rendu en Allemagne pour l’assemblée générale annuelle du PEN Allemand à Schwäbisch Hall. Voilà bien l’un de nos centres les plus grands, les plus engagés, qui mène un important programme d’accueil d’écrivains en exil, qui maintient une passion pour les débats de substance et possède un C.A. dynamique. J’ai pris grand plaisir à me trouver avec ses membres, dont son nouveau président, Josef Haslinger, et son nouveau secrétaire général, Regula Venske.

Ensuite, la réunion bi-annuelle du Conseil du PEN international a eu lieu à Barcelone où nous avons pendant deux jours œuvré aux politiques de l’organisation. Les présidents des Comités étaient aussi présents. Le Conseil rendra compte des conclusions de cette réunion. Qu’il suffise de dire que PEN grandit et que nos programmes se multiplient, un ensemble destiné à fonctionner par l’intermédiaire de nos Centres et de nos Comités. On parle donc d’une approche décentralisée qui s’appuie sur ses membres.

Une tâche qui est de plus en plus importante, c’est dans le domaine de l’éducation qu’elle progresse, en bonne partie en Afrique, plus particulièrement grâce à l’appui de l’Agence de développement international de la Suède et du cabinet de droit international Clifford Chance. Nous avons maintenant avec l’UNESCO un programme d’appui à la publication dans les langues minoritaires et qui touche quatre Centres, en Haïti, au Kenya, au Nigéria et en Serbie.

Carles Torner, Romana Cacchioli, la directrice des programmes internationaux, et moi venons d’avoir une réunion avec l’Organisation internationale de la Francophonie et sommes à développer des domaines où nous pourrons coopérer. L’initiative de formation du Cercle des Éditeurs au Myanmar est en train devenir un programme de formation en traduction littéraire.

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Pendant que j’allais d’un endroit à l’autre, bien d’autres choses se passaient. Le Comité de la Paix s’est réuni à Bled. Le Comité de la traduction et des droits linguistiques a fait de même à Gérone. On est en train d’élaborer une nouvelle initiative en appui à la traduction.

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Finalement, Jarkko Tontti et moi nous sommes rendus en Estonie, en Finlande et en Suède.

En Estonie, avec la présidente du centre PEN local, Kätlin Kaldmaa, nous avons cherché comment ce centre actif pourrait obtenir un meilleur appui financier. Nous nous sommes réunis avec le conseil d’administration et eu une rencontre avec le Ministre de la culture, Urve Tiidus.

À Helsinki nous avons échangé avec le Ministère des Affaires étrangères au sujet d’un appui aux programmes du PEN, comme cela se passe en Norvège et en Suède. Il y a eu un événement public présidé par le nouveau président du Centre, Sirpa Kähkönen, avec des membres et Pekka Haavisto, le Ministre du développement international.

Et à Stockholm s’est tenue la dernière de quatre réunions qui rassemblaient des écrivains russes et ukrainiens avec d’autres membres du PEN. C’est le PEN suédois, et plus particulièrement Ola Wallin et Ola Larsmo, qui ont mis en place cette rencontre. Ces quatre réunions à Kiev, à Varsovie, à Bled et à Stockholm visaient toutes à démontrer que les Centres PEN russe et ukrainien étaient unis, refusant de s’engager dans les luttes de propagande. À Stockholm, Lyudmila Ulitskaya du PEN russe et Aleksandra Hnatiuk du PEN ukrainien ont été particulièrement éloquentes.

Un document initial à ce sujet a été émis, signé par les premiers participants au dialogue. Il vous sera bientôt distribué et j’espère que vous y ajouterez votre signature en tant que Centres et en tant qu’individus.

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Permettez-moi de conclure en évoquant la mort de trois dévoués leaders du PEN. D’abord, Peter Day, qui a dirigé le magazine PEN International pendant une décennie et l’ami d’un grand nombre d’entre nous.

Et l’Afrique du Sud a perdu, comme nous, deux personnages historiques. Anthony Fleischer, le président du Centre, est mort le 5 juin. Anthony était un farouche opposant à l’apartheid et un leader qui a encouragé les écrivains émergeants. Il a été un grand serviteur du PEN.

Nadine Gordimer était Vice-présidente internationale du PEN et récipiendaire du Prix Nobel de littérature en 1991. Elle fut une grande écrivaine et une porte-parole courageuse en appui aux principes qui nous ont tous amenés au PEN. Son histoire en est une de longue lutte contre le racisme et en faveur d’une société juste.

Nadine, Anthony et Peter nous rappellent ce qui a toujours été au cœur du PEN. Il y a une Charte à laquelle nous tentons de rester fidèles. Mais il y a aussi des membres qui incarnent et illustrent le but que nous poursuivons.

Avec mes salutations les plus amicales.

John Ralston Saul
Président international