Lettre mensuelle de John Ralston Saul, président du PEN International


31 juillet 2012

Chères amies et chers amis, membres du PEN,

D’abord, vous informer que le Board a terminé et approuvé à l’unanimité la Déclaration du PEN international sur la libre expression et les technologies numériques. On procède présentement à sa traduction et vous allez bientôt la recevoir. Je vous demande d’y jeter un oeil attentif et de la montrer aux spécialistes de votre Centre.

Vous vous souviendrez que lors des deux derniers Congrès, nous avons consacré la moité de la première journée à un débat d’idées. À Gyeongju, nous porterons lors de cette demi-journée notre attention sur la ‘Déclaration numérique’ et sur ses conséquences pour nos politiques et nos stratégies. Mon sentiment, comme celui du Board, est que nous avons là une affirmation forte qui s’applique spécifiquement aux questions de liberté d’expression. Tout comme notre Charte et le Manifeste de Gérone, cette Déclaration pourra nous fournir une structure éthique claire nous permettant d’attaquer ce débat complexe. Il faut en effet que nous y participions. L’avenir de l’accès à la littérature et à la liberté d’expression est en train de se jouer dans l’univers numérique.

Des suggestions, des désaccords, des questions vous viendront à l’esprit. Soyez prêts à nous les présenter. Nous espérons que ce débat d’ouverture nous aidera à lancer la prochaine étape de notre stratégie.

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Début juillet, je suis intervenu lors de la séance d’ouverture du premier Forum mondial de la langue française. Il s’est agi d’une occasion importante de parler de la perspective du PEN sur l’appui aux langues qui comptent un bassin de locuteurs restreint et/ou à celles qui existent dans un cadre politique qui leur impose des limites. Émile Martel, Gilles Pellerin, du P.E.N. Québec, et moi-même, avons aussi présenté le Manifeste de Gérone lors d’une séance spéciale.

Le Forum était le premier du genre et avait été organisé par la Francophonie. Il a eu lieu dans la ville de Québec et a accueilli 1300 personnes venues de 104 pays. La moitié d’entre elles avait moins de 30 ans. Presque la moitié venait d’Afrique.

Ce qui a rendu cette assemblée d’une semaine entière fascinante, c’est que ce mouvement international consacré au français souhaitait se percevoir comme un allié du multilinguisme. Plus particulièrement, un fort sentiment existait que le français pouvait survivre et grandir en Afrique uniquement s’il développait un rapport amical et militant avec les langues indigènes africaines. On a aussi parlé beaucoup des langues indigènes menacées du Canada. Abdou Diouf, le Secrétaire général de la Francophonie a affirmé que tous les Francophones devaient devenir ‘des indignés linguistiques’. En d’autres mots, la langue est un élément actif et non passif; c’est l’expression de notre vie, bien plus que l’expression d’une quelconque théorie administrative ou économique.

Ce qui m’a semblé particulièrement positif lors du Forum, c’est que l’ambiance y était fort différente de celle qui entoure habituellement les grandes langues internationales, dont les trois qui sont nos langues officielles. Cette fois-ci, l’atmosphère était plutôt à l’adhésion à la complexité linguistique, ainsi qu’à l’appui aux différences dans la pratique du français et entre le français et les autres langues.

Comme vous pourrez le constater lors du Congrès de Gyeongju, il y a un certain nombre de résolutions et de déclarations qui seront présentées et qui traitent des différences à l’intérieur des langues et de langues qui sont en situation minoritaire. Je pense par exemple au fascinant cas du portugais et d’initiatives administratives gouvernementales qui visent à réduire les différences entre la pratique du portugais de divers pays.

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Ce mois-ci a été particulièrement difficile en Éthiopie pour Eskinder Nega qui a été condamné à 18 ans de prison pour avoir fait ce que la plupart d’entre nous faisons chaque jour. 23 autres personnes ont été condamnées le même jour; trois d’entre elles étaient aussi des cas du PEN. Ces trois personnes avaient cependant déjà quitté le pays. Ce type de condamnations existe sous le couvert d’une loi anti-terrorisme qui n’a rien à voir avec le terrorisme.

La situation catastrophique en Syrie démontre une fois de plus le danger qui menace la liberté d’expression. Nous venons tout juste de commencer une nouvelle campagne de carte postale pour attirer l’attention sur les poètes et blogueurs syriens (http://bit.ly/NMaP5d).

Entretemps, PEN international et un certain nombre de centres s’activent à préparer une délégation en Turquie du 12 au 18 novembre. Et nous sommes en train de mettre en place une nouvelle stratégie pour l’Amérique centrale, un peu sur le modèle de la campagne mexicaine. Le Honduras est devenu l’endroit le plus dangereux au monde pour les écrivains.

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Je viens d’apprendre que plus de 80 Centres se sont déjà engagés à participer au Congrès de Gyeongju. Il y aura sans doute quelques inscriptions de plus. Ce sera un grand plaisir de vous voir tous là-bas.

Amicales salutations à tous.

John Ralston Saul