Lettre de Carles Torner, Directeur Exécutif du PEN International par intérimaire, Aux membres du PEN


Londres, le 15 août 2014

Chers membres du PEN International, chers amis,

Je vous écris depuis Londres ma première lettre comme Directeur Exécutif du PEN international par intérimaire. Quand le conseil du PEN m’a demandé si j’étais disponible pour assumer ce rôle après le départ de Laura McVeigh, ce sont les images de toutes les années de rencontres avec des écrivains amis du monde entier, en défense des droits linguistiques et des écrivains persécutés, qui se sont convoquées à ma mémoire. J’ai compris dès mon premier congrès du PEN (à Barcelone, en 1992) que ce sentiment de famille unie dans la défense de la liberté de la parole était l’âme du PEN, ce qui définit le mieux notre organisation internationale. J’ai pu arranger mes affaires et, depuis la fin de mes cours universitaires à la mi-mai, je travaille à temps plein au secrétariat international.

Nous avons tout de suite mis en place une coordination commune du bureau de Londres avec Ann Harrison, directrice du Comité d’Écrivains en Prison, Romana Cacchioli, directrice des programmes internationaux du PEN, et Anthony Archer, notre directeur financier. Les conclusions de la réunion du Conseil du PEN International de Barcelone (16-18 mai) ont guidé notre travail pour le congrès de Bishkek et les réunions des mois de juin et juillet des sous-comités du conseil pour les finances et les centres du PEN.

Je voudrais dans cette lettre vous faire part brièvement de plusieurs engagements actuels du secrétariat: la préparation du congrès international de Bishkek; la mise en œuvre des programmes internationaux de plusieurs centres PEN axés sur l’éducation, les droits linguistiques et la société civile; le partenariat avec l’Agence Suédoise de Développement International; la continuité de la déclaration du PEN sur le rôle de la propagande dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que celle de notre travail de recherche et défense des écrivains et journalistes persécutés au Honduras, l’association avec le réseau ICORN, la campagne faite pendant la Coupe du Monde de Football et le Prix Nouvelles Voix du PEN.

Le 80ème Congrès International du PEN à Bishkek

La préparation du congrès international va bon train. Vous avez pu voir le programme, qui à partir du thème “Ma langue, mon histoire, ma liberté” métra l’accent sur les droits linguistiques des communautés culturelles de l’Asie Centrale. Nous pourrons connaître la diversité de littératures de cette région du monde. Le Centre du PEN d’Asie Centrale a cette vision large de son travail et, depuis plusieurs années, des écrivains et des étudiants de toute cette région participent à ses activités –particulièrement à son École d’Été des Droits Humains. Cette dimension régionale s’exprimera aussi par une cérémonie de clôture du congrès dédiée à la culture ouïghour, organisée par le PEN Ouïghour, qui nous invitera à sa musique, ses danses et sa gastronomie.

Le PEN de l’Asie Centrale est en train de faire un magnifique travail de préparation et reçoit tout le soutien de notre secrétariat. Puisque le congrès débattra aussi de la situation de la liberté d’expression dans le pays et la région, nous avons veillé à assurer une complète indépendance de nos sources de financement pour le congrès, sans recourir à des formes de financement gouvernementales. Heureusement, plusieurs institutions comme des universités et la Bibliothèque Nationale soutiennent le congrès. Aussi, vu que l’industrie cinématographique se compte parmi les plus puissantes industries culturelles du Kyrgyzstan, nous avons obtenu le soutien de la Fondation Aytish, fondée par le prestigieux directeur de cinéma Sadik Sher-Niaz.

À l’approche du congrès, néanmoins, nous devons veiller pour qu’il ne soit pas déficitaire. Le secrétariat international est en train de coordonner la solidarité de tous les Centres PEN qui puissent soutenir l’effort du PEN d’Asie Centrale par une contribution au budget du congrès (au-delà des frais d’inscription de leurs délégués). À ce jour, déjà les centres PEN sud-coréen, américain et anglais ont fait des contributions solidaires au congrès, et d’autres centres ont exprimé leur désir de faire de même. [Si votre centre se trouve dans cette possibilité, ou connait une fondation ou institution qui puisse soutenir ce congrès du PEN, n’hésitez pas à me contacter.] Dans son exceptionnalité, cette démarche solidaire souligne l’engagement collectif du PEN International pour faire présents, depuis le Kyrgyzstan, notre voix en défense de la liberté d’expression dans le contexte tellement difficile de l’Asie Centrale, aux portes de la Chine et de la Russie.

Je me suis réjoui de voir qu’une autre forme active de solidarité au sein de notre réseau de centres du PEN est celle du jumelage entre centres qui collaborent dans plusieurs domaines –aussi en aidant les délégués de centres avec un budget limité à pouvoir voyager jusqu’au congrès.

Enfin, le secrétariat international a mis au service du congrès plusieurs programmes internationaux du PEN, célébrant des réunions de travail à Bishkek dans les jours préalables au congrès, de façon à que leurs délégués soient déjà sur place.

J’invite tous les centres à s’inscrire nombreux au congrès, et si possible dans les meilleurs délais, car ceci facilitera les préparations.

Les programmes sur droits linguistiques, éducation et société civile

Nous avons célébré à la fin du mois de mai à Londres la réunion de mise en marche de la recherche “Soutenir les minorités linguistes moyennant l’édition.” En collaboration avec l’UNESCO, le PEN international développera pendant dix-huit mois un projet pilote de recherche sur l’édition en langues minoritaires dans quatre pays: Haïti, Nigéria, Kenya, Serbie. Cette première réunion à Londres a défini les contenus, le calendrier et les objectifs de la recherche, ainsi que les partenaires qui se comptent les plus prestigieux experts et organisations de recherche en diversité linguistique. Ce projet compte avec le soutien du Cercle des Éditeurs du PEN International. Avec la participation active des centres PEN de Haïti, le Nigéria, le Kenya et la Serbie, au cours de la prochaine année se feront les études de terrain ainsi que des présentations et tables de débat se tiendront lors de festivals littéraires dans chaque pays. (voyez http://www.pen-international.org/newsitems/report-from-unesco-ifcd-strengthening-minority-language-policies-and-publishing/)

Ce travail a été présenté lors de la réunion du Comité de Traductions et Droits Linguistiques du PEN International à Girona (27-29 juin). La réflexion sur la traduction y a été mise dans la perspective de la déclaration majeur sur la traduction que le comité prépare pour le congrès de Québec en 2015, et une attention très particulière a été portée aux droits linguistiques en Afrique du Sud et en Asie Centrale. La présence de trois délégués du PEN du Tibet en exile montre l’importance de la Déclaration de Girona pour les langues persécutées.

Pendant les mois de juin et juillet, les programmes d’éducation, droits linguistiques et de société civile se sont mis en marche dans plusieurs pays: l’Afghanistan, l’Afrique du sud, la Bolivie, la Bosnie, l’Asie centrale, le Cambodge, l’Ethiopie, en Haïti, au Kenya, au Ghana, Guinée, le Liban, le Myanmar, le Malawi, le Mexique, le Nigeria, le Népal, les Philippines, Puerto Rico, chez les écrivains tibétains à l’étranger, en Serbie, Sierra Leone, Slovaquie, Slovénie et Zambie. Ces programmes comptent avec le soutien général que l’Agence Suédoise International de Développement donne au PEN, ainsi que du soutien spécifique de la Fondation Clifford Chance et de la Commonwealth pour certains d’eux. Nous calculons qu’environ 3.000 enseignants bénéficient de ces programmes, qui touchent plus de 10.000 jeunes. Rien qu’au Ghana, par exemple, les cinquante-cinq clubs PEN de jeunesse dans les lycées permettent à 2700 jeunes de participer à des ateliers de lecture et de création littéraire.

Partenariat avec l’Agence Suédoise Internationale de Développement (ASID)

PEN International bénéficie d’être une des organisations que l’ASID considère prioritaires dans son engament global pour le développement et les droits humains. Depuis 2012, un plan majeur de soutien à l’action du PEN et de développement de nos programmes internationaux a permis à notre organisation d’augmenter très considérablement sa capacité d’agir au plan national, régional et international dans les domaines du plaidoyer pour la liberté d’expression et la défense des droits linguistiques, ainsi que dans des programmes d’engagement des membres du PEN dans la société civile et dans l’éducation littéraire des jeunes.

Romana Cacchioli, directrice des programmes internationaux du PEN, et moi-même avons visité l’ASID au mois de mai pour prévoir les prochains pas de notre collaboration avec l’agence suédoise. Nous sommes engagés depuis dans une triple démarche: compléter les programmes internationaux pour 2014, évaluer le travail fait par le PEN avec le soutien de l’ASID dans la période 2012-2014 et préparer, dans le cadre du plan stratégique du PEN pour les prochaines années, un programme de collaboration avec l’AIDS pour 2015-2018.

Vous avez reçu la semaine passée mon courrier par lequel je vous présentais INTRAC, l’agence qui a pris en charge l’évaluation de notre travail pendant 2012-2014. Rod Macleod, son directeur, a déjà visité les centres PEN du Sierra Leone, Philippines et Puerto Rico. Vous avez aussi de sa part un questionnaire pour évaluer le travail du PEN International. Je vous prie de répondre à ce questionnaire pour contribuer ainsi à l’évaluation et le meilleur développement de notre travail.

En même temps, et avec la collaboration de Larry Siems, nous sommes en train de préparer le plan directeur du PEN pour 2015-2018. Vous en aurez des nouvelles au congrès de Bishkek.

Ukraine, Honduras, Gaza, Iran, Thaïlande, EPU, ICORN

Le travail en défense de la liberté d’expression du PEN a touché beaucoup de pays depuis mon arrivée au secrétariat. Je voudrais seulement en montrer quelques accents.

Le PEN international a convoqué une journée de débats à Stockholm en soutien du dialogue entre les écrivains russes et ukrainiens du PEN, rencontre qui a donné suite aux dialogues russo-ukrainiens que le PEN avait organisés auparavant à Kiev, à Varsovie et à Bled, lors du Comité pour la Paix. Accueillis à Stockholm par le PEN suédois et sous la présidence de John Ralston Saul, les centres russe, ukrainien, estonien, finnois, norvégien, allemand, ainsi que président du Comité d’Écrivains pour la Paix, le trésorier international et mois même, avons participé aux débats de la journée qui se sont terminés en approuvant une déclaration sur le rôle pervers de la propagande dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Signée aussi par des anciens présidents du PEN, des lauréats du Prix Nobel et des membres de l’Académie Suédoise, cette déclaration a été récemment envoyée aux centres PEN pour que tous ce qui le désirent puissent y adhérer. (voyez http://www.pen-international.org/newsitems/ pen-international-conference-on-the-russianukrainian-situation/) En même temps, le travail avance dans la préparation des résolutions du Congrès de Bishkek sur la Russie et l’Ukraine.

Le rapport du PEN sur l’impunité des crimes contre les journalistes au Honduras, que le PEN international avait rédigé en association avec la Faculté de Droit de l’Université de Toronto et le Centre PEN Canadien, a de la suite. Après la présentation du rapport auprès de la Cour Interaméricaine des Droits Humains a eu un fort retentissement (voyez http://www.oas.org/es/cidh/multimedia/sesiones/150/default.asp). Tamsin Mitchel, chercheuse du WiPC qui avait déjà été engagée dans la rédaction du rapport de 2013, a pu visiter à nouveau le Honduras pour y mener une semaine d’entretiens, recherches et assistance à la formation en droits humains pour journalistes et écrivains. Grâce à cet engagement contre l’impunité des crimes contre les journalistes dans ce pays et le réseau de complicités qu’il a créé, la communauté d’écrivains et journalistes du pays s’est organisée autour d’un nouveau Centre PEN du Honduras, qui sera présenté au congrès de Bishkek.

D’autres engagements du WiPC de ces derniers temps ont été la déclaration condamnant les attaques menées contre les journalistes et les média au cours de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza ; les Actions Rapides du Réseau sur les journaliste détenus en Iran et les conséquences de l’état d’exception en Thaïlande pour les écrivains et l’ensemble de la communauté académique après le coup d’état ; et les rapports sur la Turquie et le Kirghizstan auprès du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies en préparation de l’Examen Périodique Universel de ces pays dans les mois qui viennent.

Ann Harrison, Cathy McCann et moi-même avons reçu à Londres les responsables de l’ICORN, le réseau international de villes refuge pour des écrivains en danger. Le WiPC travaille en lien étroit avec ICORN, qui confie au PEN la recherche sur les conditions des écrivains qui demande d’être accueillis par leur réseau, dans un partenariat que nous avons décidé développer davantage dans les années qui viennent. Déjà, la Conférence du WiPC de l’année prochaine à Amsterdam sera organisée ensemble avec ICORN.

Coupe du Monde de Football du Brésil, Prix Nouvelles Voix du PEN

La Coupe du Monde de Football du Brésil a été l’occasion d’une campagne du PEN pour la liberté de la parole dans les pays qui participaient au tournoi à partir de “cartes de football” avec un design pour l’occasion qui contenait des statistiques de notre liste de cas. Cette campagne a été un succès par sa répercussion dans les réseaux sociaux, et qui a atteint 2,5 millions de personnes. Nous sommes très reconnaissants aux centres qui ont participé activement à cette campagne qui, avec celle que le PEN avait développé lors des jeux olympiques d’hiver de Sotchi est un bon point d’appui pour une présence accrue de la dans le réseaux sociaux. Dans les mois qui viennent une nouvelle campagne sur la sécurité digitale sera lancé, je vous invite déjà à y participer nombreux.

Et je vous invite aussi à suivre de près l’activité du PEN international à travers notre page web. La nouvelle version du web permet une participation accrue des centres, notamment par l’inclusion de nouvelles de vos activités. Envoyez s’il vous plaît toute des nouvelles de toute activité de votre centre qui puisse être partagée avec les membres du PEN du monde entier.

Au moment de terminer cette lettre nous attendons la décision du jury sur le Prix Nouvelles Voix du PEN. Vous pouvez lire dans notre web l’entretien que notre volontaire Martta Partio a fait à Masande Ntshanga, l’écrivain de l’Afrique du Sud qui avait gagné le prix l’année passée, montre bien l’importance du prix pour la publication et la carrière de l’écrivain gagnant, en inscrivant déjà son œuvre dans le cadre du combat pour la liberté d’expression du PEN. (http://www.pen-international.org/08/2014/pen-international-talks-to-2013-new-voices-winner-masande-ntshanga/). Nous avons en ce moment la liste des finalistes de 2014, qui sont Silvia Urgas (PEN Estonien), Kasim Bazil (PEN de l’Asie Centrale), Marina Babanskaya (PEN de St Petersburg), Xenia Emelyanova (PEN Russe), Amalia Cernat (PEN Roumain) et Viktor Jovanoski (PEN Macédonien). Nous saurons bientôt la liste de trois derniers choisis par le jury et, finalement, nous connaîtrons le gagnant lors du congrès de Bishkek.

Au plaisir de nous rencontrer au congrès avec ceux qui seront délégués, et avec mes amitiés,

Carles Torner
Directeur Exécutif