Home Page > Centres News Item > Centre Suisse Romand de PEN International: Pour la Journée des Ecrivains en prison et la Journée de la Fin de l’Impunité pour les Crimes commis contre des Journalistes

Pour la Journée des Ecrivains en prison et la Journée de la Fin de l’Impunité pour les Crimes commis contre des Journalistes.

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Persécutés, menacés de mort, privés de liberté,

   Ecrivains et Journalistes sont sur les routes de l’exil.

Toute vraie démocratie respecte et protège la liberté d’expression parce qu’elle est sa pierre angulaire. Sans cette liberté essentielle, il ne peut y avoir ni floraison littéraire, ni culture de la paix véritable et justice sociale dans le monde. Or, cette liberté est très fragile et en grand danger. Dans de nombreux Etats répressifs, il est de plus en plus difficile pour les artistes, écrivains et journalistes de déjouer la censure, de contourner les lois liberticides. L’opinion publique internationale doit soutenir les auteurs de l’Ecriture et de l’Art dans la lutte contre un odieux et implacable chantage. Il s’agit du choix entre l’auto-censure et l’ultime censure – le meurtre d’artistes, d’écrivains et de journalistes dont ‘’le courage et l’honnêteté de parler, écrire, créer, dessiner ou témoigner’’ dérangent. Des auteurs risquent de subir de sévères châtiments tels que le bâillonnement, la torture, la prison, la disparition ou la mort du simple fait d’exercer leur droit à la liberté d’expression.

Ensemble, nous devons dire NON à la peine de mort prononcée par la justice saoudienne contre le poète palestinien, notre frère de plume Ashraf Fayadh, qui n’a que la parole ou les mots pour se défendre. La mort atroce et injuste qu’il va subir nous fait penser à cette triste et révoltante réalité :

Persécutés, menacés de mort, privés de liberté, des centaines voire des milliers décrivains et de journalistes sont sur les routes de l’exil.

Nous n’oublions pas, il y a 20 ans, le 10 novembre 1995, soutenu par PEN International, Ken Saro-Wiwa fut exécuté par la dictature militaire nigériane parce qu’il avait dit la vérité. Et puis, l’assassinat d’Anna Politkovskaya en Russie, le 7 octobre 2006 et celui de Hrant Dink en Turquie, le 19 janvier 2007, sont les exemples les plus criants et révoltants du crime. Ou encore, au Viet Nam, PEN International déplore la mort douloureuse et injuste d’un blogueur et professeur, Dinh Dang Dinh, survenu le 3 avril 2014 à son domicile, après avoir été condamné en août 2012 à six années de prison. Il a été amnistié trop tardivement le 21 mars 2014, alors qu’il n’était plus qu’un squelette ambulant dévoré par un cancer de l’estomac en prison. Peu de temps avant sa mort, Dinh Dang Dinh a indiqué que lorsqu’il a découvert du sang dans ses selles, il avait formulé de nombreuses demandes pour être admis dans un hôpital pour y subir des examens, mais les gardiens l’ont battu au lieu de lui procurer le traitement dont il avait un besoin urgent. Le poète de 69 ans,  Nguyen Huu Cau qui purgeait une peine d’emprisonnement à vie à la place d’une condamnation à mort rendue en 1983, a également été amnistié en mars 2014 pour raisons de santé. Il souffre d’une sévère défaillance cardiaque, ne voit pas de l’oeil gauche, voit mal de l’oeil droit et est presque sourd. Nous saluons sa libération, mais il n’aurait jamais dû aller en prison pour commencer. Nous continuons de travailler ensemble pour éveiller la conscience publique au sort tragique des écrivains et journalistes persécutés et emprisonnés à cause de leurs écrits ou leur opinion.

Pour mémoire, envoyés de la RFI au Mali, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés le 2 novembre 2013. Depuis leur mort atroce, le sang ne cesse de couler. Charlie Hebdo a été réduit en cendres au cœur de Paris. Elsa Cayat, Jean Cabut, Philippe Honoré, Bernard Verlhac, Georges Wolinski, Stéphane Charbonnier, Bernard Maris et Mustapha Ourrad ont été abattus injustement. Partout, la plume et le crayon continuent d’être confisqués ou brisés. Dessins, chansons, poèmes sont des cibles visées par le pouvoir politique arbitraire, le fanatisme et l’intolérance, la surveillance de la police secrète, les grands crimes organisés.

Durant les 12 derniers mois, depuis le 2 novembre 2014, selon PEN International, au moins 49 écrivains, poètes, journalistes, blogueurs, dessinateurs humoristiques, correcteurs et cinéastes ont été assassinés, en toute impunité. On déplore 8 meurtres en France, 6 au Mexique (José Moisés Sanchez Cerezo, Ismail Diaz Lopez, Gerardo Nieto Alvarez, Juan Mendoza Delgado, Filadelfo Sanchez Sarmiento, Ruben Espinosa), 5 au Bangladesh (Avijit Roy, Washiqur Rahman, Ananta Bijoy Dash, Niloy Chakrabarti, Faisal Arefin Dipan), 5 en Inde (Jagender Singh, Sandeep Kothari, Raghavendra Dube, Malleshappa Madivalappa Kalburgi, Mithilesh Pandey), 4 en Irak (Thaer Alali, Ammar Al-Sahahbander, Raed Al-Joubouri, Suahaa Ahmed Radhi), 2 au Brésil (Marcos de Barros Leopoldo Guerra, Evany José Metzker), 2 aux Philippines (Nerlita Ledesma, Gregorio Ybanez), 2 en Syrie (Kenji Goto Jogo, Khaled al-Asaad), 2 en Turquie (Ibrahim Abdulkadir, Firaz Hamadi), 1 en Azerbaijan (Rasim Aliyev), 1 au Danmark (Finn Nørgaard), 1 en Egypte (Shaimaa El-Sabbagh), 1 au Guatemala (Danilo Lopez), 1 au Kenya (John Kituyi), 1 en Mozambique (Paulo Machava), 1 en Pakistan (Zafarullah Jatak), 1 au Pérou (Fernando Raymondi Uribe), 1 en Pologne (Lukasz Masiak), 1 en Somalie (Abdullahi Ali Hussein), 1 au Soudan du Sud (Peter Moi Julius), 1 en Ukraine (Oles Buzyna), et 1 au Yémen (Abdul Karim Mohammed Al-Khaiwani).

En même temps, le Comité des Ecrivains en prison enregistre environ 900 cas d’attaques contre nos porteurs de rêves et d’aventures, témoins des réalités humaines à travers la planète. Le Congrès du PEN International à Québec, du 12 au 16 octobre dernier, a adopté des résolutions relatives à la situation très critique de la liberté d’expression, dont celles concernant le Bangladesh, l’Ethiopie, le Honduras, l’Iran, le Mexique, la Chine, le Tibet, le Viet Nam et la Turquie, entre autres. Les délégués se soucient par ailleurs du sort des femmes et des hommes de lettres parmi des milliers de leurs compatriotes portés disparus en Méditerrannée, dans l’actuel exode meurtrier vers l’Europe. Les écrivains vietnamiens en exil se souviennent aussi de la tragédie des centaines de milliers de boat people vietnamiens noyés dans les mers en Asie-Pacifique après l’arrivée des troupes communistes en avril 1975.

Le 15 novembre 2015 sera la 34è Journée mondiale des Ecrivains en prison, juste 2 semaines après la Journée internationale de la Fin de l’Impunité pour les Crimes commis contre des Journalistes.

A l’occasion de ces Journées – Evénements du mois de novembre, le Centre PEN Suisse Romand, l’un des 145 Centres membres actifs du PEN International, adresse aux médias suisses et internationaux cet appel : Joignez vos voix aux nôtres, celles des milliers d’écrivains, poètes, journalistes, blogueurs, traducteurs et éditeurs, ainsi que des amis et sympathisants de PEN International, pour soutenir la cause des victimes de la tragédie des naufragés de la liberté d’expression et d’opinion.

Les cas majeurs suivants, parmi tant d’autres, nous inspirent de profondes inquiétudes :

  • Juan Carlos Argenal Medina, journaliste hondurien, assassiné le 7 décembre 2013 parce qu’il aurait eu le courage de dénoncer la corruption. Les circonstances de sa mort n’ont pas été élucidées. Pas de progrès dans les enquêtes.
  • Raif Badawi, blogueur et éditeur saoudien, condamné en 2012 à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet, une amende, une interdiction de voyager pendant 10 ans et une interdiction de même durée de collaborer à des médias pour ‘’insulte à l’islam’’ et ‘’création d’un site internet libéral’’.
  • Amanuel Asrat, poète érythréen, critique et rédacteur en chef du grand journal Le Temps. Arrêté le 23 septembre 2001 durant une vague de répression sur les médias publics et privés. Détenu sans inculpation ni procès.
  • Patiwat Saraiyaem et Pornthip Munkong, étudiant et étudiante thailandais, arrêtés en août 2014, condamnés à 2 ans et demi de prison pour crime de lèse-majesté en participant à la mise en scène d’une pièce de théâtre à l’Université Thammasat en 2013.
  • Khadija Ismayilova, journaliste d’enquête azerbaïdjanaise, célèbre pour ses enquêtes sur la corruption au sommet de l’Etat et ses critiques, arrêtée le 5 décembre 2014 dans une affaire montée de toutes pièces. Condamnée le 1 septembre 2015 à 7 ans et demi de prison pour ‘’détournement de fonds et fraude fiscale’’.
  • Ho Thi Bich Khuong, blogueuse vietnamienne, défenseure des droits humains et auteure d’un mémoire en prison, de poèmes satiriques et d’articles en ligne. Interviewée par une radio étrangère, elle a dénoncé les abus de pouvoir à l’encontre de paysannes pauvres. En juin 2006, son mari a été assassiné dans des circonstances mystérieuses dans leur village, alors qu’elle se trouvait à Hanoi pour déposer des plaintes de victimes d’erreurs judiciaires. Elle avait auparavant été violemment agressée et soumise à de brèves détentions. Elle avait déjà purgé deux peines de prison en 2005 et 2007. Arrêtée en décembre 2010, elle a été condamnée en décembre 2011 pour ‘’propagande contre l’Etat socialiste’’, à 5 ans de prison et 3 ans de détention probatoire. Elle aurait été fréquemment mise à l’isolement pour avoir protesté contre ses conditions de détention en faisant la grève de la faim. En prison, elle a été torturée et sévèrement tabassée par des détenues de droit commun. D’autres agresseurs lui ont fracturé le bras gauche au cours de la détention précédant le jugement. Elle souffre d’une clavicule cassée, qui n’a jamais été traitée en raison de l’absence de soins médicaux adéquats. Elle est en très mauvaise santé.

Nguyên Hoàng Bao Viêt,
Centre  Suisse Romand de PEN International
(Comité des Ecrivains en prison).
Genève 2-15 Novembrer 2015

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