Home Page > Centres News Item > Le PEN Centre Liban dénonce et condamne l’abjection de la tuerie qui a eu lieu dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris

Lebanon PENUn mot de la présidente à cette macabre occasion:

Nous, écrivains libanais, issus d’un pays où le pluri-confessionnalisme a permis, malgré tous les aléas politiques, la libre expression des identités de chacun sans pour autant abuser de notre droit à l’altérité, sommes consternés par cette vague de violence et de radicalité qui s’expriment partout au Moyen-Orient, au Liban, en Syrie, en Egypte, en Occident, et dont nos confrères, journalistes et employés de Charlie Hebdo ont payé le prix, assassinés après avoir reçu à plusieurs reprises par le passé menaces et intimidations. Amis, confrères, journalistes et caricaturistes ont perdu la vie dans cette horrible tuerie. Nous en portons le deuil jusque dans nos mots englués d’horreur. Nous sommes inquiets pour le métier de journalistes. Pour l’essence même de l’écriture. Libre. Très libre. Essentiellement libre. Nous ne cèderons pas à la politique de la terreur. La liberté ne doit ployer sous aucune menace. « Ecrire, disait Nietzche pour ne pas mourir de la vérité ». Cette quête de vérité à laquelle est torsadée l’écriture ne peut et ne doit mettre en péril la vie de ceux qui s’y consacrent. Tuer un être pour sa liberté de penser et d’écrire est une abomination digne d’une apocalypse, au même titre qu’il est urgent, tout en condamnant les actes abjects d’individus ne représentant nullement la religion au nom de laquelle ils perpétuent leurs actes, de s’accrocher à des valeurs humanistes. Nous, écrivains libanais, condamnons cet acte tout en exhortant à ne pas sombrer dans la diabolisation de toute une communauté à partir d’un acte individuel, quelle que soit l’abjection de cet acte. Telle est la gageure, la difficulté, l’amour aussi….il en manque de plus en plus…mais où le mettre cet amour de l’autre qui manque tant à nos jours, ce respect du droit de parole de chacun et du travail de journaliste. L’espace se rétrécit sans cesse. Il faut plus que jamais se battre pour que la liberté d’expression ne manque jamais d’espace. Il y a va de la santé de notre diversité planétaire. De nos auteurs. De la littérature. Du journalisme. Du droit à la parole.

Hyam Yared
Présidente, PEN Centre Liban

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