Home Page > Historique de l’association

L’organisation connue aujourd’hui sous le nom de PEN International a vu le jour à Londres, au Royaume-Uni, en 1921, sous le simple nom de PEN. Quatre ans plus tard, il y avait 25 centres PEN en Europe, et dès 1931, plusieurs centres apparaissaient en Amérique du Sud ainsi qu’en Chine.

Le monde devenant de plus en plus sombre juste avant la déclaration de la guerre, en 1939, aux centres PEN existants s’ajoutèrent l’Argentine, l’Australie, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, l’Irak, le Japon, Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Palestine, l’Uruguay, les États-Unis et d’autres pays. Tous les pays scandinaves devinrent membres ainsi que plusieurs pays en Europe de l’Est. Puis ce fut le tour des centres basque, catalan et yiddish.

Depuis plus de 80 ans, nous sommes une organisation réellement internationale, regroupant un vaste éventail de cultures et de langues, si bien qu’aujourd’hui la vaste majorité des 145 centres de PEN International proviennent de l’extérieur de l’Europe.

PEN fut l’une des premières organisations non gouvernementales au monde et parmi les premières instances internationales plaidant pour les droits de l’homme. Il ne fait aucun doute que nous avons été la première association mondiale d’écrivains et la première organisation à souligner que la liberté d’expression et la littérature sont inséparables – un principe que nous continuons à soutenir aujourd’hui et qui s’exprime dans notre Charte, un document dont la rédaction a pris 22 ans, de ses origines en 1926 à sa ratification en 1948, au congrès de Copenhague.

PEN relève les défis auxquels font face la littérature et la liberté depuis près d’un siècle, depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’à l’irruption de la Seconde Guerre mondiale, puis tout au long de la la Guerre froide jusqu’à la chute de l’Union soviétique, et au climat international plus nuancé d’aujourd’hui. L’organisation a répondu aux tournants les plus dramatiques de l’histoire moderne, et ses héros ont inclus les intellectuels les plus célébrés de chaque époque, ainsi que des membres dédiés et ne comptant pas leurs efforts pour garantir que le droit d’écrire, de lire, de parler et de publier soit toujours au cœur de la culture mondiale.

«PEN» : que se cache-t-il derrière ce nom ?

Notre nom a été conçu à partir d’un acronyme : « poètes, essayistes, romanciers (novelists en anglais) » (plus tard élargi aux « poètes, dramaturges, éditeurs, essayistes, romanciers »). À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la notion d’exécutif s’étant développée (voir ci-dessous), PEN s’est transformé en International PEN, comprenant un nombre croissant de centres dans le monde. Avec le temps, notre base de membres s’étant accrue pour inclure un éventail plus diversifié de personnes impliquées dans les mots et la liberté d’expression, les catégories susmentionnées ne définissaient plus exclusivement qui pouvait nous rejoindre. Aujourd’hui, PEN est simplement PEN. En 2010, dans le cadre d’un changement d’image générale, l’organisation a été renommée PEN International.

Genèse : une nouvelle sorte de club privé

Catharine Amy Dawson-Scott, poète britannique, dramaturge et militante de la paix fonda PEN dans le but d’unifier les écrivains après la dévastation de la Première Guerre mondiale. Il ne s’agissait tout d’abord de rien d’autre qu’un club privé, offrant un espace aux écrivains souhaitant se réunir et partager des idées. Des clubs PEN s’établirent dans d’autres villes européennes pour permettre aux écrivains, lors de leurs déplacements, de rencontrer amis et collègues.

Parmi les invités du dîner de Dawson-Scott se trouvait le premier président de PEN, John Galsworthy, qui parla des possibilités d’un mouvement international – une « ligue des nations pour les hommes et femmes de lettres ».

Une question de politique

PEN tint son premier congrès, qui réunissait 11 centres, en 1923. Pendant les années 20, l’organisation était la seule pouvant rassembler les écrivains sans tenir compte de la culture, de la langue ou de l’opinion politique – plus particulièrement si l’on prend en compte l’agitation politique que le monde avait commencé à subir. En fait, l’une des idées fondatrices guidant PEN était d’éviter la politique dans les clubs PEN en toutes circonstances. PEN se définissait lui-même comme soutenant la liberté d’expression, la paix et l’amitié, pas le débat politique.

À partir de 1933, toutefois, cette pensée fut remise en question par l’ombre croissante du national-socialisme en Allemagne. Les délégués participant au congrès de PEN à Dubrovnik cette année-là trouvèrent impossible d’ignorer le climat croissant de répression et d’intolérance.

Les dissidents allemands

Dès 1926, lors du quatrième congrès de PEN à Berlin, des tensions apparurent entre le club PEN d’Allemagne et les autres centres. De nombreux jeunes écrivains allemands – Bertolt Brecht, Alfred Döblin et Robert Musil, entre autres – exprimèrent leur inquiétude sur le fait que PEN dans leur pays ne représentait pas la véritable image de la littérature allemande. Ils rencontrèrent Galsworthy. Le dramaturge Ernst Toller insista sur le fait que PEN ne pouvait ignorer la politique – présente partout et influençant chaque chose.

Autodafé, indignation

En 1932, lors du congrès de Budapest, un appel fut envoyé à tous les gouvernements à propos des prisonniers religieux et politiques. Galsworthy rédigea une déclaration en cinq points – une autre étape dans l’évolution de la charte de PEN telle qu’elle existe aujourd’hui.

L’année suivante, les tensions politiques atteignirent un niveau sans précédent au sein de PEN. Le romancier britannique H. G. Wells, devenu président de PEN en 1933 à la suite du décès de Galsworthy, dirigea une campagne contre les autodafés de livres par les nazis en Allemagne. PEN Allemagne ne protesta pas et tenta même d’empêcher Toller, qui était juif, de prendre la parole lors du congrès de Dubrovnik. PEN Allemagne fut par la suite retiré des membres. « Si PEN Allemagne s’identifie désormais à des idées nationalistes, il doit être expulsé » stipulait une déclaration de PEN.

Des écrivains derrière les barreaux : les deux premiers cas

À partir de la fin des années 30, PEN faisait de plus en plus entendre sa voix au nom des écrivains et protestait vigoureusement contre le traitement qui leur était infligé. Le cas du Hongrois Arthur Koestler (alors journaliste), qui avait été emprisonné dans l’Espagne fasciste et condamné à mort, fut l’un des premiers succès : il fut libéré peu après que PEN eut milité en faveur de sa libération.

Le grand poète espagnol, Federico García Lorca, en revanche, fut exécuté peu après son arrestation ; tragiquement, PEN ne put qu’en prendre acte à la réception d’un télégramme, l’informant trop tard du danger auquel il avait fait face. Une résolution adoptée lors du congrès de PEN de 1937 à Paris rendit hommage à Lorca et exprima au peuple d’Espagne la consternation de PEN. Cette réponse contribua certainement à l’issue positive du cas de Koestler.

Le PEN d’après-guerre

PEN était très différent à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le concept original derrière sa création – un club accueillant des écrivains sans égard à la race, à la religion ou à toute croyance – avait été fortement ébranlé par la réalité. De nouveaux groupes d’écrivains en exil s’étaient également établis à Londres et à New York pendant la guerre.

PEN fit face à des questions pressantes : comment traiter les écrivains qui avaient soutenu le national-socialiste en Allemagne et ailleurs; comment garantir que les membres de plus en plus nombreux de PEN puissent se rencontrer suffisamment régulièrement et se contacter rapidement chaque fois que nécessaire. C’est ainsi que fut créé le comité exécutif.

En 1949, à la suite de l’adoption d’une résolution introduite par le centre PEN Amérique, PEN acquit un statut consultatif aux Nations Unies comme « représentant des écrivains du monde ».

Dans les années 50, les membres de PEN parlaient de la formation d’un comité visant à examiner les cas d’écrivains emprisonnés ou persécutés pour leurs travaux et leurs opinions. Le comité des écrivains persécutés vit ainsi le jour en avril 1960. Malgré, ou peut-être à cause de l’effet polarisant de la Guerre froide sur le monde, l’influence de PEN s’est alors étendue à l’échelle internationale.

Wole Soyinka et une certaine lettre du mari de Marilyn Monroe

En 1967, sous la présidence du dramaturge américain Arthur Miller, PEN implora la clémence du Nigéria pour un dramaturge dont le nom était alors peu connu en dehors de son pays. Wole Soyinka était menacé d’exécution immédiate par le chef d’État, le général Yakubu Gowon, pendant la guerre du Biafra.

Un homme d’affaires remit la lettre de PEN à Gowon, qui nota le nom de son auteur et demanda s’il s’agissait bien du même homme qui avait épousé Marilyn Monroe (ce que Miller avait fait en 1956). Quand il fut assuré que c’était bien cet homme qui demandait la libération de Soyinka, Gowon libéra son prisonnier – qui quitta alors le pays, pour devenir l’un des poètes et dramaturges les plus éminents au monde, remportant le prix Nobel de littérature en 1986.

Les Russes indifférents

Miller voyagea également en URSS pour y rencontrer les écrivains du syndicat des écrivains de l’Union soviétique.  On l’avisa aussitôt que les écrivains soviétiques souhaitaient rejoindre PEN mais qu’il y avait un obstacle majeur : la charte. Miller expliqua clairement qu’il n’était pas question de modifier la charte pour faire plaisir aux Soviétiques, ajoutant que la vision autour de laquelle elle s’articulait était ce qui unifiait PEN dans le monde. Il s’assura néanmoins de garder ouvert le dialogue entre l’Est et l’Ouest, mais ce ne fut qu’en 1988 que PEN Russie fut finalement créé.

Au fil des trois décennies suivantes, jusqu’au tournant du millénaire, PEN s’étendit à la plupart des régions du monde. Notre voix se fit entendre de plus en plus, tant au niveau national qu’international, sur des enjeux comme la liberté d’expression, la traduction, les problèmes auxquels doivent faire face les femmes écrivains et les difficultés de réunir des écrivains par-delà les cultures et les langues. Nos campagnes contre la censure, la persécution, l’emprisonnement et l’assassinat d’écrivains se mirent ainsi à se multiplier et à devenir de plus en plus efficaces.

L’affaire Rushdie

Au cours des années 1980 et 1990, le travail de PEN en faveur d’écrivains persécutés devint bien connu de la communauté internationale, tant de la part des écrivains que des gouvernements. En 1989, Salman Rushdie, qui avait obtenu le Prix Booker huit ans plus tôt, reçut à la suite de la publication de son quatrième roman, Les Versets sataniques, une attention internationale qui alla bien plus loin que ce qu’il aurait pu espérer. Dans la foulée de l’édit religieux prononcé par l’ayatollah Khomeini – la célèbre fatwa, terme qui allait dès lors devenir d’usage courant en Occident –, il dut vivre dans la clandestinité. La fatwa, qui répondait à une supposée insulte de l’islam contenue dans le roman, exigeait la mort de l’auteur. Les tourments imposés à l’auteur font désormais partie de l’histoire littéraire, Rushdie devenant rapidement le symbole de l’écrivain persécuté. PEN joua un rôle déterminant dans la campagne internationale qui exigea le retrait de la fatwa et appuya les éditeurs du roman partout dans le monde. Rushdie est depuis un membre actif de PEN International et l’ancien président du centre PEN États-Unis.

Ken Saro-Wiwa : un héros bâillonné

En 1995, l’attention se tourna de nouveau vers le Nigéria. Au cours des années 1990, PEN avait suivi le cas du romancier, dramaturge et militant des droits de l’homme Ken Saro-Wiwa, qui avait une première fois été arrêté en 1992 en raison de sa défense des Ogonis du delta du Niger. Les Ogonis exigeaient une plus grande autonomie, et Saro-Wiwa faisait campagne pour que les grandes sociétés pétrolières, comme Shell, se responsabilisent et nettoient les territoires ogonis affectés par l’exploitation pétrolière.

Il fut libéré un mois plus tard, puis emprisonné de nouveau en janvier 1993, pour un mois, à la suite d’une manifestation pacifique violemment réprimée par les forces de sécurités nigérianes. En mai 1994, quatre chefs ogonis furent tués par une foule de militants ogonis. Saro-Wiwa, à qui on avait interdit au préalable de se réunir avec ces chefs, fut arrêté de nouveau avec quatorze leaders du mouvement en faveur des droits des Ogonis.

Accusé d’incitation au meurtre, il fut condamné, bien que, selon plusieurs, le procès fût manipulé. Le 10 novembre 1995, en dépit d’une longue campagne internationale menée par les centres PEN partout dans le monde, Saro-Wiwa fut exécuté. Un tollé s’ensuivit et en 1996, une poursuite fut logée contre Shell selon laquelle la société se serait rendue complice d’atteintes aux droits de l’homme au Nigéria, notamment dans l’exécution de Saro-Wiwa. En 2009, Shell accepta de verser une indemnité de 15,5 millions de dollars, tout en continuant d’affirmer qu’elle n’était pas coupable.

Deux assassinats

En octobre 2006, Anna Politkovskaya, une influente journaliste du journal indépendant Novaya Gazeta, qui avait reçu des menaces à la suite de ses reportages sur la guerre en Tchétchénie, fut assassinée dans l’ascenseur de son édifice à logements à Moscou. PEN International se consacre depuis à tout faire pour que ses assassins soient traduits en justice.

Trois mois plus tard, en janvier 2007, l’écrivain turc d’origine arménienne et rédacteur en chef du journal bilingue Agos, Hrant Dink, était assassiné à Istanbul. Il avait été accusé en vertu de l’article 301 du code pénal turc pour avoir « insulté l’identité turque » dans ses écrits, dans lesquels il critiquait le refus du gouvernement turc de reconnaître le génocide arménien de 1915. Après son assassinat, PEN International apporta son aide à la famille Dink et exigea une enquête sérieuse et ouverte. Un jeune ultra-nationaliste turc fut condamné, ainsi que plusieurs autres hommes.

PEN International est aujourd’hui actif dans plus de cent pays. Les principes de Dawson-Scott et Galsworthy en faveur de la liberté d’expression, de la paix et de l’amitié sont toujours au cœur de sa mission. Les voix de ces écrivains, ainsi que celles des nombreux autres qui se joints à eux depuis 90 ans, sont toujours aussi vives. Sans ces hommes et ces femmes, PEN International ne pourrait être le mouvement vigoureux et passionné qu’il est devenu.