Home Page > News Item > BAHREÏN: Le silence du Département des Affaires étrangères et du Commonwealth concernant Nabeel Rajab est “consternant”, soulignent les 17 groupes de défense des droits et membres du Parlement, juste avant le procès du 7 août

NABEEL-RAJAB7 août 2017 – Dix-sept groupes de défense des droits et membres du Parlement dénoncent le silence du Département des Affaires étrangères et du Commonwealth concernant la condamnation du défenseur des droits humains, Nabeel Rajab, à Bahreïn, un silence qu’ils disent “consternant” dans une lettre signée conjointement aujourd’hui.

Le Président du Bahrain Centre for Human Rights (Centre de Bahreïn pour les droits humains) sera jugé le 7 août pour des tweets sur la guerre au Yémen et la torture à Bahreïn. Il risque jusqu’à 15 ans. À la suite d’un procès inéquitable, il a été condamné in absentia à deux ans d’emprisonnement pour s’être exprimé lors d’interviews données le 10 juillet. M. Rajab n’a pas pu parler à sa famille depuis le 15 juillet. Il a été fréquemment placé en isolement au cours de ses neuf premiers mois de détention, ce qui a conduit à une dégradation de son état de santé en avril, et il se trouve actuellement en convalescence à la clinique du Ministère de l’Intérieur.

Bien que des représentants de l’Ambassade britannique aient régulièrement assisté aux audiences du procès de M. Rajab, la sentence du 10 juillet, qui était clairement une violation de son droit à la liberté d’expression, est passée inaperçue pendant plus de deux semaines. Le 26 juillet, le Département des Affaires étrangères et du Commonwealth a fait la déclaration suivante, en réponse à une question d’un parlementaire: “Nous prenons note de sa condamnation à deux ans de prison et croyons comprendre que la procédure juridique comporte d’autres étapes, notamment celle du droit de recours.”

Dans leur lettre commune, les 17 groupes de défense des droits disent notamment: “Il est consternant que, bien que le Département des Affaires étrangères et du Commonwealth reconnaisse le travail courageux des défenseurs des droits humains à travers le monde, il ferme les yeux sur les violations des droits humains à Bahreïn, notamment sur les représailles visant M. Rajab.” Ils invoquent le Human Rights and Democracy Report (rapport sur les droits humains et la démocratie) du Département des Affaires étrangères et du Commonwealth, publié le mois dernier, dans lequel ce dernier se félicitait des travaux accomplis par les défenseurs des droits humains au niveau mondial et ils affirment que le silence au sujet de la situation de M. Rajab va à l’encontre des politiques de soutien des défenseurs des droits humains.

La réponse du Département évitait tout positionnement quant à la condamnation de M. Rajab et ressemble tristement à la réponse qu’il avait faite lors d’une condamnation antérieure de M. Rajab en 2012, pour des charges similaires relatives à ses déclarations. À l’époque, le Ministre chargé du Moyen-Orient Alistair Burt s’était dit “très préoccupé” par la peine prononcée contre M. Rajab pour des chefs d’inculpation liés à sa liberté d’expression, et avait ajouté: “J’ai clairement indiqué aux autorités bahreïni que les droits humains et civils de l’opposition pacifique devaient être respectés.” M. Burt a été évincé du Département des Affaires étrangères en 2013 mais, suite aux élections de juin, a retrouvé son poste de Ministre responsable du Moyen-Orient.

Les groupes de défense des droits humains ont envoyé aujourd’hui ce message au Secrétaire d’État aux Affaires étrangères : “Le silence de la Grande-Bretagne sur cette affaire va à l’encontre du soutien apporté par le Département des Affaires étrangères et du Commonwealth aux défenseurs des droits humains à travers le monde et des positionnements antérieurs de celui-ci concernant la situation de M. Rajab. Nous vous prions instamment de renoncer à cette politique du silence et de soutenir Nabeel Rajab et tous les défenseurs des droits humains de Bahreïn … en condamnant cette sentence et en appelant le gouvernement bahreïni à le libérer immédiatement et sans condition ainsi qu’à lever toutes les charges pesant encore contre lui.”

Si le Royaume-Uni ne s’est pas manifesté juste après la condamnation de M. Rajab, des alliés importants de Bahreïn, notamment les États-Unis et l’Union européenne,  ainsi que l’Allemagne et la Norvège ont appelé de leurs vœux sa libération peu après l’annonce de la décision. Les États-Unis, l’UE et la Norvège ont appelé le Bahreïn à libérer M. Rajab, et l’Allemagne a déploré la sentence prononcée. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a demandé sa libération sans condition.

“La retenue du Département des Affaires étrangères et du Commonwealth concernant la situation de Nabeel Rajab s’inscrit dans la droite ligne de la position générale, décevante, du Royaume-Uni pour ce qui est de la liberté d’expression à Bahreïn et plus généralement dans le Golfe. Boris Johnson devrait demander la libération immédiate de M. Rajab et prendre des mesures plus importantes pour faire en sorte que les droits humains – et pas seulement les ventes d’armes – soient une priorité dans les relations du Royaume-Uni avec le Bahreïn et les autres États du Golfe”, a dit Rebecca Vincent, Directrice du Bureau Reporters sans frontières du Royaume-Uni.

“Au lieu de travailler avec la société civile et les défenseurs des droits de l’homme pour remédier à problèmes systémiques et procéder à des réformes à Bahreïn, comme il s’y était engagé par le passé, le gouvernement bahreïni continue à persécuter des défenseurs des droits de l’homme, comme Nabeel Rajab, simplement pour avoir exercé leur droit et leur devoir concernant la promotion et la protection des droits humains,” a déclaré Andrew Anderson, Directeur exécutif de Front Line Defenders.

Sayed Ahmed Alwadaei, Directeur of Advocacy, Bahrain Institute for Rights and Democracy: “Boris Johnson devrait avoir honte de sa politique isolée, qui est complètement en porte-à-faux avec la politique étrangère de tous les alliés et les partenaires occidentaux de Bahreïn. De vrais partenaires devraient parler ouvertement à leurs alliés lorsque ceux-ci dépassent les bornes. Les violations dont le gouvernement bahreïni est l’auteur semblent ne pas tracasser le Bureau des Affaires étrangères de Boris Johnson, qui visiblement ne s’offusque de la répression que lorsque les gouvernements impliqués n’hébergent pas la Royal Navy ou n’entretiennent pas de relations commerciales avec le Royaume-Uni.”

La lettre a été signée par Article 19, English PEN, la FIDH, Front Line Defenders, Index on Censorship, la Jimmy Wales Foundation, PEN International, Reporters sans frontiers et l’Organisation mondiale contre la torture, ainsi que le Bahrain Institute for Rights and Democracy, Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain, le Gulf Centre for Human Rights et le European Centre for Democracy and Human Rights. La lettre a également été paraphée par Sue Willman (Directrice de Deighton Pierce Glynn), Julie Ward (membre du Parlement européen) et Tom Brake (MP).

De son côté, le Bar Human Rights Committee of England and Wales cherche à obtenir de toute urgence une réunion avec le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, pour faire part de ses préoccupations concernant le traitement des défenseurs des droits humains à Bahreïn ,ainsi que les violations de la liberté d’expression, du droit à un procès équitable et à une procédure régulière dans le cas de Nabeel Rajab.

“Dans le cas de Nabeel Raja, son jugement in absentia et son incarcération qui a suivi étaient clairement des violations de son droit à une procédure judiciaire équitable. La criminalisation de M. Rajeb – seulement parce qu’il a exprimé une opinion – est contraire aux droits internationaux et à la protection de la liberté d’expression. Alors que l’état de santé de M. Rajab continue à se dégrader en raison du traitement reçu en prison, cette affaire révèle tristement l’attitude de Bahreïn à l’égard des citoyens qui osent formuler des critiques. Il n’est pas trop tard pour appliquer une procédure régulière et adéquate dans cette affaire, ce qui signifierait la libération immédiate de M. Rajab,” a déclaré Kirsty Brimelow (QC of Doughty Street Chambers).

Vous pouvez lire la lettre ici (version française ici)

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