Home Page > News Item > CE JOUR-LÀ ……Turquie : Hrant Dink fut assassiné le 19 janvier 2007

Une série d’actions rendant hommage aux écrivains et journalistes tués au cours des dernières années, dans le cadre de l’activité prioritaire de PEN International sur les Meurtres en toute impunité en 2012

Il y a cinq ans jour pour jour, le 19 janvier 2007, à trois heures de l’après-midi, Hrant Dink, rédacteur du journal arménien bilingue Agos, quitta son bureau à Istanbul pour se rendre à un distributeur de billets à deux pas de là et y retirer de l’argent. Quelques minutes plus tard il était mort, tué d’une balle dans la tête par un adolescent du nom d’Ogün Samast. Aujourd’hui, deux personnes sont en prison pour son assassinat mais un réseau criminel plus vaste, commanditaire du complot et comprenant notamment de hauts fonctionnaires, a été exonéré.

En début de semaine, le 17 janvier 2012, le militant ultranationaliste Yasin Hayal a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la 14e cour d’assise d’Istanbul pour son rôle d’instigateur de l’assassinat (Samast, qui n’avait que 17 ans en 2007, avait été condamné à 22 ans et dix mois de prison en juillet 2011, soit la plus longue peine que peut purger un adolescent). Cependant, un autre homme, Erhan Tuncel, accusé aux côtés de Hayal, a été acquitté du meurtre, bien qu’il ait été condamné à dix ans de prison pour un autre délit, à savoir un attentat à la bombe contre un McDonalds en 2004.

Le même tribunal a également acquitté 19 personnes, y compris Hayal et Tuncel, rejetant l’accusation d’appartenance à une organisation criminelle. Au cours des cinq dernières années, les avocats et sympathisants de Hrant Dink se sont battus pour obtenir les preuves que cet assassinat est le fait d’un réseau plus vaste comprenant notamment de hauts fonctionnaires. Le procès a été entaché d’irrégularités, les vidéos des caméras de surveillance qui auraient été enregistrées sur le lieu du meurtre ayant par exemple disparu ou d’autres éléments de preuves ayant été « perdus ». Par ailleurs, la police et les responsables de la sécurité ont sciemment induit le tribunal en erreur. Les tentatives des avocats de Dink visant à prouver que la police avait été avertie du fait que Dink allait être assassiné et avait ignoré ces avertissements ont été réfutées.

Le public a été choqué d’une telle décision du tribunal. Après le prononcé du verdict, des centaines de sympathisants se sont rassemblés sur le lieu où Dink a été assassiné pour protester contre cette décision. Parlant à la presse aujourd’hui, le 19 janvier, le juge présidant l’affaire, Rüstem Eryılma, a exprimé sa propre frustration suite au verdict, disant que l’absence de preuves suffisantes pour démontrer l’implication d’une organisation plus vaste ne signifiait pas forcément qu’une telle organisation n’existait pas.

Le meurtre de Hrant Dink en 2007 a déclenché des manifestations de masse, des dizaines de milliers de personnes descendant dans les rues et portant des pancartes aux slogans tels que « Nous sommes tous Hrant Dink » en turc et en arménien ainsi qu’en kurde. Cette réponse sans précédent et le choc de sa mort ont été profonds. Dink faisait l’admiration de beaucoup en Turquie et à l’étranger pour sa campagne en vue que le gouvernement turc reconnaisse le génocide arménien de 1915, tout en faisant la promotion d’une meilleure entente entre Turcs et Arméniens. Dink se distinguait par ses qualités d’artisan de la paix, en dépit des risques personnels énormes qu’il encourait ce faisant.

Pendant des années, Dink et son personnel au journal en arménien Agos ont vécu sous une menace constante. Il disait avoir reçu des milliers de menaces par e-mail. Pourtant, il continuait d’écrire et de publier, ce qui mena à trois procès intentés contre lui entre 2002 et 2006 pour « dénigrement de la turcité ». Il était l’un des personnages les plus connus pour avoir été poursuivi en justice au titre du célèbre Article 301 du Code pénal turc qui prévoit des peines de prison pour quiconque qui ose « insulter » l’État turc, en particulier en suggérant l’existence du génocide arménien. En effet, beaucoup sont d’avis que c’est son procès au titre de cette loi qui a donné en réalité la permission aux ultranationalistes de croire qu’ils pouvaient assassiner en toute impunité. En janvier 2007, alors que des milliers de personnes manifestaient dans les rues pour protester contre le meurtre de Dink, les ultranationalistes étaient fous de joie, y compris notamment un groupe de policiers qui diffusèrent une vidéo d’eux-mêmes sur Youtube en train de chanter pour célébrer sa mort. Au même moment, fait tout aussi sinistre, une liste répertoriant toute une myriade d’écrivains, d’universitaires, de journalistes et autres cibles potentielles fut révélée, comprenant notamment les auteurs Orhan Pamuk et Elif Shafak, et des militants tels que l’éditeur Ragip Zarakolu, dont beaucoup décidèrent alors de se cacher ou de vivre sous la protection d’un garde armé.

Peu de temps après le meurtre de Dink, survint la première d’une longue série d’arrestations de masse de dirigeants militaires, politiques, intellectuels et autres personnalités. Rassemblant désormais au total 200 membres, ils sont accusés d’adhésion à une organisation néonationaliste du nom d’Ergenekon. Le but de cette organisation serait de renverser le gouvernement ; elle est liée à des assassinats, et notamment à celui de Hrant Dink, et serait également responsable de projets visant à l’assassinat d’écrivains. Mais, bien que les premières arrestations de membres d’Ergenekon soient sans doute légitimes, les arrestations ultérieures suscitent une inquiétude que le filet soit désormais lancé trop loin et que cette enquête et d’autres enquêtes semblables depuis celle-ci, servent d’excuses pour arrêter tous ceux qui critiquent le gouvernement. L’incarcération depuis le début de l’an dernier des deux écrivains Nedim Şener et Ahmet Şik en raison de leur livres qui exposent les liens présumés entre la police et une organisation religieuse dénommée la Fondation Gülen, accusations largement perçues comme ridicules, en est un exemple frappant.

Aujourd’hui, cinq ans après la mort de Hrant Dink, l’Article 301 poursuit sa route, bien que sous une forme modifiée. La loi de lutte contre le terrorisme est de plus en plus utilisée pour punir les activités et les commentaires légitimes. Plutôt que de baisser, le nombre d’écrivains et de journalistes incarcérés en Turquie aujourd’hui a considérablement augmenté, enregistrant même une hausse nette dans les derniers mois de 2011 lorsque plus de 40 personnes ont été arrêtées, accusées de soutien au terrorisme, beaucoup d’entre elles n’ayant fait qu’écrire et parler au sujet de la question kurde ou pour leur affiliation à des organisations kurdes. Parmi elles se trouve l’éditeur respecté et le militant de longue date pour les droits des minorités et la liberté d’expression Ragip Zarakolu. Lire notre récent message d’alerte. Au vu de la rapidité à laquelle les choses évoluent, il est difficile d’assurer le suivi des détentions qui s’élèveraient à l’heure actuelle à environ 100 d’après nos estimations. Ceci, allié à la faible probabilité que les responsables qui ont conspiré et se sont réjouis du meurtre de Dink soient un jour traduits en justice, rend la situation de la liberté d’expression en Turquie très sombre.

Agissez !

• Écrivez au ministre de la Justice turc en copiant la déclaration ci-dessous ou en utilisant vos propres mots.

• PEN International est choqué par la décision de ne pas enquêter sur l’existence d’un vaste réseau criminel impliqué dans le meurtre de Hrant Dink, permettant ainsi aux instigateurs de son assassinat et à ceux qui ont ignoré les mises en garde concernant l’assassinat imminent d’échapper à la justice.

• Ceci survient au moment où le nombre d’incarcérations d’écrivains et de journalistes a dépassé la centaine, pour beaucoup sur des chefs d’inculpation directement liés à leurs écrits et pour d’autres en raison de leur association à des groupes illégaux. La détérioration de la situation de la liberté d’expression en Turquie suscite de vives inquiétudes, tout comme l’utilisation actuelle de la législation antiterroriste pour punir les actions et commentaires légitimes.

• PEN International appelle à mettre un terme aux poursuites et arrestations de ceux et celles dont le seul « crime » consiste à s’exprimer et à partager leurs opinions.

Adresse
M. Sadullah Ergin
Ministre de la Justice
06669 Kizilay
Ankara
Turquie
E-mail : sadullahergin@adalet.gov.tr ou iydb@adalet.gov.tr

• Copiez votre message à l’ambassadeur de Turquie dans votre pays

Trouvez l’adresse ici – Ministère turc des Affaires étrangères
• Envoyez un message à la famille de Hrant Dink via la magazine Agos

Agos Gazetesi
Halaskargazi Caddesi
Sebat Apartman No: 192 Kat 1
Osmanbay
Istanbul
Turquie – e-mail : agos@agos.com.tr

• Utilisez les réseaux sociaux : pour tous ceux et toutes celles qui sont sur des réseaux sociaux, affichez un avis sur vos page Facebook, site Internet ou page Twitter rendant hommage à Hrant Dink

• Regardez et partagez ces vidéos enregistrées avant le verdict par des artistes qui ont témoigné de la force de la réaction contre le crime commis et l’issue du procès http://www.youtube.com/watch?v=Fbnn4NVHNhw

Pour tout complément d’information, veuillez contacter Sara Whyatt à PEN International Comité des écrivains en prison de PEN, Brownlow House, 50/51 High Holborn, Londres WC1V 6ER, Tél. : + 44 (0) 20 7405 0338, Fax : +44 (0) 20 7405 0339, e-mail : sara.whyatt@pen-internationalpen.org

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