Construire des partenariats pour diversifier l’industrie de l’édition


PEN International est l’association d’écrivains la plus importante au monde. En 2014, elle s’associe avec le Fonds international pour la diversité culturelle de l’UNESCO (FIDC) pour mettre en œuvre un projet intitulé « Renforcement des industries de l’édition dans les langues minoritaires en Haïti, au Kenya, au Nigéria et en Serbie ».

Sarah Clarke, chef de projet de PEN International et le Centre PEN de Serbie (représenté par sa Présidente Vida Ognjenović et son Vice-président Zoran Paunović) partagent leurs réflexions sur l’importance de ce projet et sur le rôle clé des réseaux qui en ont fait son succès.

 

Pourriez-vous parler un peu plus de ce projet ?

PEN International : Le projet vise à diversifier et à renforcer les industries de l’édition dans les langues minoritaires en Haïti, au Kenya, au Nigéria et en Serbie par (1) le recensement des principaux défis rencontrés par les industries de l’édition et des lacunes des politiques affectant ces industries, (2) l’élaboration de recommandations pour le renforcement des politiques culturelles visant à la promotion des industries de l’édition en langues de minorités et (3) le développement et le renforcement d’un réseau constitué par les principales parties prenantes œuvrant pour la promotion des industries les plus importantes.

Quel est le rôle des réseaux dans ces trois stratégies ?

Zoran Paunović : A nos yeux, les réseaux jouent un rôle fondamental dans la mise en œuvre de ce projet. Par exemple, nous avons organisé un séminaire de recherche dans le cadre du Salon international du livre de Belgrade, pendant lequel nous avons pu échanger des idées avec près de 70 parties prenantes, y compris des maisons d’édition, des journalistes, des traducteurs et des éditeurs. L’objectif était de constituer un réseau, de démarrer des échanges et de lancer les bases de futurs partenariats.

Les réseaux jouent un rôle fondamental dans ce projet, tout au long de sa mise en œuvre. 

Vida Ognjenović : C’était une grande expérience pour nous. Une plate-forme ouverte pour un dialogue constructif et de mise en réseau a été créée et, un an après, le Salon du livre, l’engagement du gouvernement, des écrivains et des maisons d’édition est plus important que jamais.

ZP : Les discussions engagées au cours de cet effort de mise en réseau nous ont également permis d’identifier les défis liés à l’industrie de l’édition dans notre pays et de rédiger une liste de recommandations sur la façon de les relever.

Quel est le plus grand défi identifié qui empêche les industries de l’édition en langues de minorités de se développer pleinement ?

ZP : La première étape du projet a été en fait un exercice de cartographie. Nous avons voulu comprendre le rapport entre le nombre de livres publiés en serbe et le nombre de livres publiés dans les langues minoritaires. Vu l’importance de l’écart entre ces chiffres, nous avons compris que le développement du secteur de l’édition en langues minoritaires est en effet un besoin urgent. L’une des difficultés majeures est le fait que les éditeurs se sentent découragés de publier des livres en langues minoritaires et donc les libraires ne veulent pas de ces livres parce qu’ils se vendent peu, étant donné que le grand public ne connaît pas les écrivains.

VO : En Serbie, nous avons affaire à un grand nombre de langues minoritaires. Pour ce projet, cependant, nos efforts se concentrent sur deux langues minoritaires très spécifiques : le Vlach et le Roma.

Quelle serait la  solution possible pour aider à relever ce défi ?

PI : Comme l’a fait remarquer Romana Cacchioli, directrice des Programmes internationaux du PEN International : « écrire en langue maternelle crée des lecteurs ». Sans alphabétisation et sans lectorat, il ne peut y avoir aucun marché de l’édition, car il n’y n’aurait aucune demande. Il faudrait donc ici une approche holistique à même de favoriser une culture de l’écriture et de la lecture au sein des communautés de langue minoritaire, un mouvement qui à son tour contribuerait à créer un marché pour la publication en langues minoritaires.

Il faudrait donc ici une approche holistique à même de favoriser une culture de l’écriture et de la lecture au sein des communautés de langue minoritaire, un mouvement qui à son tour contribuerait à créer un marché pour la publication en langues minoritaires.

Que pensez-vous des partenariats, M. Paunović ? Le séminaire de recherche qui s’est déroulé lors du Salon international du livre de Belgrade a-t-il été une occasion de trouver des partenaires ?

ZP : Oui. Nous avons pu établir un partenariat très fort et solide avec Politika (http://www.politika.rs/), qui est le quotidien national le plus important et le plus influent de Serbie. Politika a toujours fait grand cas des langues minoritaires, ce qui en fait un partenaire très prometteur qui nous a aidés à sensibiliser le grand public et à assurer les résultats du projet. Ce partenariat joue un rôle-clé dans le développement d’un lectorat pour les publications en langues minoritaires.

Quid des partenariats avec le secteur public ?

ZP : Un autre excellent partenariat a été établi en février 2015, lors d’une réunion avec Mladen Veskovic, l’un des représentants du Ministère de la culture en Serbie. Dès le début, nous avons pu recevoir un appui solide de sa part et de la part du Ministère, ce qui est formidable.

VO : Le partenariat avec M. Veskovic est extrêmement important. Son soutien apporte beaucoup de crédibilité au projet, puisqu’il est également le chef du Service pour la littérature et la coopération internationale.

 

 

Les quatre centres du PEN International en Haïti, au Kenya, au Nigéria et en Serbie ont-ils eu l’occasion de travailler en réseau ?

PI : En mai 2014, nous avons organisé une table ronde à Londres, réunissant des représentants du PEN International de chacun des pays concernés par le projet. C’était une expérience d’apprentissage au-delà des frontières et la première étape vers l’établissement d’un réseau interrégional d’auteurs, d’éditeurs, de responsables politiques et d’universitaires travaillant dans l’industrie de l’édition en langues minoritaires.

Pourquoi la mise en œuvre de ce projet dans quatre pays situés dans trois régions différentes est-elle importante ?

PI : Le projet vise à réaliser une analyse comparative et à établir des points communs afin qu’un ensemble de bonnes pratiques et de recommandations relatives à l’édition en langues minoritaires  puisse émerger. A l’avenir, ces bonnes pratiques pourraient être appliquées à d’autres pays et régions, afin d’assurer la durabilité du projet.