Des censeurs marchent pour la liberté d'expression


Dans le sillage des assassinats brutaux des journalists de Charlie Hebdo, P.E.N. International fait appel aux gouvernements à rester fidèles dans leurs engagements à la liberté d’expression et pour qu’ils désistent à la réduction de cette liberté par un élargissement de la surveillance éléctronique.

Ils étaient plus que quarante dirigeants mondiaux dans la marche de Paris ce dimanche, pour condamner les assassinats brutaux de Charlie Hebdo et d’autres attaques dans la ville. Ce rassemblement, ainsi que plusieurs dans le monde entier, ont réuni des citoyens avec des mémoires et de croyances plurielles, dans une prise de position remarquable condamnant la violence et en défense de la libre expression.

Néanmoins, parmi ceux qui marchaient se comptaient plusieurs représentants de gouvernements de pays qui restreignent activement la liberté d’expression. Cela inclut l’assassinat, la violence et l’emprisonnement d’écrivains sur la liste de P.E.N. International. Nombreux parmi ces dirigeants sont, chez eux, membres d’administrations qui violent la liberté d’expression :

  • En Turquie, plus de 20 journalistes sont en prison pendant que des douzaines d’autres attendent leur procès;
  • En Russie, nombreux journalistes ont été assassins dans une impunité Presque complète;
  • En Égypte, Bahrain, Qatar, Arabie Saudite et les Émirats Arabes Unis, où plusieurs écrivains et journalists sont en prison.

« Les gouvernements ne doivent pas exploiter cette attaque meurtrière à la liberté d’expression comme une opportunité pour se faire bonne publicité. Si les gouvernements sont sérieux quant à leur engagement pour la liberté de parole et la protection des journalistes, ils doivent le prouver par des actions concrètes – en libérant les journalistes en prison et en s’engageant pour en finir avec l’impunité autour des assassinats de journalistes », a déclaré John Ralston Saul, président de P.E.N. International.

Source aussi de grande inquiétude, plusieurs gouvernements emploient l’attaque à Charles Hebdo pour promouvoir de nouvelles limitations à la liberté d’expression par un élargissement de la surveillance électronique et la législation antiterroriste. Moins de 24 heures après l’attaque de Paris, le premier ministre  David Cameron a proposer l’introduction d’une nouvelle législation qui elargisserait les pouvoirs de surveillance électronique et réduirait les droits de l’individu à employer des messages chiffrés. La surveillance des journalistes par les états est une des pires menaces à leur capacité de faire leur travail en sûreté.

2014 a été, avec une seule exception, la pire année pour l’assassinat de journalistes, avec environ deux-cents meurtres. Parmi ces crimes, il y peu d’enquêtes policières sérieuses et encore moins de procès à la cour. L’impunité qui en résulte est l’obstacle principal à la protection des journalistes. Si les gouvernements sont sincères dans leur défense de la liberté d’expression, ils doivent, en ce moment de crise, s’engager pour la renforcer.

Après les assassinats de Charlie Hebdo, P.E.N. International appelle aux gouvernements à:

  • Faire preuve de leur engagement à la liberté d’expression en décrétant les politiques qui assurent que les journalistes ne soient pas emprisonnés, menacés ni lésés à cause de l’exercice légitime de leur profession.
  • Assurez-vous que ces attaques ne sont pas utilisés comme un prétexte pour l’introduction d’une nouvelle législation de surveillance qui, en pratique serait restreindre davantage la liberté d’expression.

Ce qu’il nous faut aujourd’hui, avant tout, c’est une liberté d’expression renforcée.

* * * * *

Le président du P.E.N. Français, Jean-Luc Despax,  ajoute :

«La Marche de dimanche dernier défendait avant tout la liberté d’expression. Elle rendait hommage à la laïcité et à la liberté tout court. Certes, le combat contre le terrorisme y avait toute sa place. Mais PEN France demande aux dirigeants étrangers qui seraient tentés de s’en tenir uniquement à la répression, et de manière contre productive contre la presse elle-même, de prendre acte de cette défense française de la laïcité et de ce mouvement mondial pour la Liberté d’expression»

Dans la liste d’écrivains en prison de P.E.N. International se trouvent les  pays suivants les dirigeants desquels marchaient à Paris:

  • Bahrain : où les écrivains et activistes Abdulhadi Al-Khawaja, Dr Abdul Jalil Al Singace et Nabeel Rajab sont en prison à cause de leur expression pacifique;
  • Égypte : en plus des journalistes d’Al Jazeera, le poète Omar Hazek est en prison.
  • Qatar : le poète Mohammed Ibn al-Dheeb Al-Ajami est incarceré pour 15 ans pour avoir insulté les membres de la famille royale dans un poème ;
  • Arabie Saudite : le blogueur et éditeur en ligne Raif Badawi a été fouetté 50 fois vendredi dernier, première tranche des mil coups de fouet qui lui ont été imposés pour avoir « fondé un website liberal », qui « adopte une pensée libérale » et qui « insulte l’Islam ».
  • Turquie : plus que 20 journalistes sont en prison pendant que des douzaines d’autres attendent leur procès, ce qui inclue Ayşe Berktay, Muharrem Erbey, Professeur Büşra Ersanli, Mülazım Özcan, Fazıl Say, Nedim Şener, Ahmet Şik, Deniz Zarakolu and Ragıp Zarakolu;
  • Émirats Arabes Unis : le blogueur Mohammed Salem Al-Zumer et l’activiste sur Twitter Waleed Al-Shehhi sont en prison.