Home Page > News Item > Égypte : prolongement de la détention arbitraire et fortes inquiétudes pour la santé d’un éminent écrivain égyptien

RAN 19/17

Hesham Gaafar7 octobre 2017 – PEN International est profondément préoccupé en ce qui concerne la santé et le bien-être de Hesham Gaafar, éminent écrivain égyptien et directeur de Mada Foundation for Media Development (MADA). Gaafar a été arbitrairement détenu depuis le 21 octobre 2015, lorsque des dizaines d’agents armés du service de sécurité égyptien ont attaqué les bureaux de MADA et ont arrêté Gaafar avant de le détenir pendant plusieurs jours dans un lieu inconnu. Depuis lors, il a été maintenu en détention provisoire principalement à la prison de Tora, et sa famille n’est autorisée à le visiter que sporadiquement. La santé de Gaafar se détériore gravement depuis son arrestation en raison des mauvaises conditions de détention et du manque d’accès à des soins médicaux adéquats.

PEN International pense que la détention de Gaafar est liée à ses écrits et à son militantisme dans la société civile. PEN appelle à sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi qu’à un accès immédiat à un traitement médical adéquat et à l’amélioration de ses conditions de détention. Les autorités égyptiennes devraient également respecter pleinement le droit de Gaafar à la liberté d’expression et d’opinion.

PASSEZ À L’ACTION ! Partagez sur Facebook, Twitter et autres médias sociaux.

Faites appel aux autorités égyptiennes :

  • Demandant la libération immédiate et inconditionnelle de l’écrivain et journaliste Hesham Gaafar;
  • Les exhortant à mettre fin à la poursuite et à abandonner les accusations criminelles contre Gaafar;
  • Les exhortant à veiller à ce qu’il ait plein accès aux visites familiales, à une assistance juridique et aux soins médicaux adéquats pendant sa détention;
  • Les exhortant à veiller à ce que le droit à la liberté d’expression en Égypte soit pleinement respecté en droit et en pratique, conformément à la Constitution égyptienne et en vertu de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Égypte est un État partie.

Veuillez envoyer les appels aux :

Président
Abdel Fattah al-Sisi,

Bureau du Président,

Al-Ittihadia Palace, Le Caire, République arabe d’Égypte,

Fax : +202 2 391 1441 –

Courriel: p.spokesman@op.gov.eg or Moh_moussa@op.gov.eg

Formule d’adresse : Votre Excellence

Ministère de la Justice

Mohamed Hossam Abdel Rahim

Ministère de la Justice, Lazoghly Sq.,

Fax: +202 2 795 8103

Courriel: mjustice@moj.gov.eg

Formule d’adresse: Monsieur le Ministre

Ministre de l’intérieur

Magdy Abdel Ghaffar,

Ministre de l’Intérieur,

Fifth Settelment, New Cairo, Egypt
Fax: +202 2794 5529

Courriel: center@iscmi.gov.eg

Formule d’adresse : Monsieur le Ministre


Veuillez informer PEN de toute action entreprise et des réponses que vous recevez.

Contexte

– Publications et activités

Hesham Gaafar est un célèbre écrivain, journaliste et chercheur en politique. Il est l’un des principaux experts politiques et fondateur de plusieurs ONG régionales, y compris le Centre de médiation et de dialogue et la Fondation MADA pour le développement des médias (MADA), société de médias privée locale qui promeut, entre autres, le dialogue entre les composants de la société égyptienne. Il est également membre du Syndicat de la presse égyptienne. Gaafar a été le consultant de nombreuses organisations internationales et nationales telles que le Centre pour le dialogue humanitaire (HD) , l’UNICEF et le Egyptian National Population Council. Il a également travaillé comme rédacteur en chef pour de nombreux magazines arabes et revues scientifiques, y compris IslamOnline, et “Thought Harvest”, qui est une publication culturelle mensuelle. Gaafar a également présidé plusieurs consultations portant sur des questions interreligieuses et le sort des femmes au sein de la société égyptienne, dont l’une a abouti à l’adoption de la déclaration d’al-Azhar pour les droits des femmes d’un point de vue islamique en 2012.

Gaafar est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les questions politiques, l’islam, les femmes et la gouvernance en Égypte. Par exemple, dans l’un de ses livres sur les dimensions politiques du concept de gouvernance dans l’Islam, il en présente une étude approfondie à la fois historique et contemporain. Il a également contribué à de nombreuses publications, telles que « Les crises des Frères musulmans », dans lesquelles il décrit et critique le rôle des Frères musulmans dans les syndicats professionnels égyptiens.

Arrestation et charges

Le 21 octobre 2015, des agents des forces de sécurité égyptiennes ont attaqué les bureaux de MADA dans la Ville du 6 octobre et ont arrêté Gaafar. Ils ont confisqué tous ses appareils électroniques ainsi que ses travaux et documents personnels. Ils ont également détenu les employés de la Fondation, y compris des chercheurs et des écrivains, pour une période allant jusqu’à 12 heures et confisqué des centaines d’ordinateurs et d’autres appareils électroniques appartenant au personnel de la Fondation, ainsi que leurs documents et publications utilisés pour la recherche et leur travail lié aux médias.

Les agents des forces de sécurité ont ensuite attaqué la maison de Gaafar pendant qu’il attendait dans la voiture de police et saisissaient tous les documents et dispositifs électroniques trouvés, y compris ceux appartenant à sa famille. Les membres de sa famille ont également été détenus par des agents de sécurité dans leur maison pendant 17 heures. Gaafar a été soumis à une disparition forcée pendant près de deux jours après son arrestation, durant dont ses yeux ont été bondés, menotté et interrogé sans la présence d’un avocat. Le 24 octobre, Gaafar a comparu devant la Cour suprême de sûreté de l’État au Caire, où le Procureur l’a accusé d’être membre de l’organisation des Frères musulmans et de recevoir illégalement des fonds de donateurs étrangers pour soutenir les activités de sa Fondation. Un cas judiciaire, N°720/2015, a été ouvert contre Gaafar, et sa détention provisoire a été ordonnée. Depuis lors, sa détention a été régulièrement prorogée pour des périodes de 45 jours. La prochaine audience de Gaafar devrait avoir lieu en octobre 2017, auquel cas la loi égyptienne prévoit une dernière prorogation de sa détention pendant 45 jours. À la fin de cette prolongation définitive, il doit être libéré ou condamné. PEN International pense que l’arrestation et la détention de Gaafar sont dues à ses écrits critiques contre les autorités égyptiennes, ainsi qu’à son activisme civique au sein de la société égyptienne pour instaurer la démocratie et éliminer les tensions sectaires à travers ses cercles de dialogue, ses recherches et ses publications.

– Conditions de détention et problèmes de santé graves

Depuis son arrestation, Gaafar a passé la plus grande partie de sa détention dans la prison de Tora, fortement gardée (appelée al-Aqrab). Les conditions de sa détention sont insatisfaisantes : il dort à même le sol et n’a pas accès à une hygiène de base. De plus, Gaafar se voit refuser l’accès à des médicaments et à des soins médicaux spécialisés, qu’il requiert pour des affections médicales préexistantes, à savoir une hypertrophie de la prostate et une atrophie du nerf optique. De ce fait, la santé de Gaafar s’est détériorée et il y a de fortes chances qu’il devienne aveugle. Le Ministre de l’Intérieur a non seulement refusé qu’on lui procure un traitement médical adéquat, mais a également nié à sa famille la possibilité de lui fournir médicaments et traitements dans un établissement de soins de santé privé. Ce n’est qu’en mars 2016, après la grave détérioration de la santé de Gaafar, que les autorités l’ont transféré à l’hôpital universitaire d’al-Manial, affilié à l’Université du Caire. Nonobstant, Gaafar a été renvoyé à la prison de Tora en août 2016, où il continue d’être détenu dans de mauvaises conditions sans avoir accès à d’autres traitements médicaux. Sa famille s’est vu refuser l’accès aux résultats de cette intervention médicale. À son audience du 24 août 2016, Gaafar est apparu portant un cathéter urinaire. La famille de Gaafar est régulièrement interdite de lui rendre visite et ce n’est que 11 mois après son arrestation qu’ils ont pu le rencontrer pour la première fois. Le 31 août 2017, lorsque sa famille a été autorisée à le voir dans la prison de Tora, ils ont découvert qu’il a complètement perdu la vue de son œil droit alors que son œil gauche est également faible. Gaafar a également informé sa famille que les examens médicaux indiquaient un cancer présumé de la prostate. Lors de son audience du 12 septembre 2017, la femme de Gaafar a signalé qu’il avait été battu et maltraité par un agent du service de sécurité alors qu’il revenait à la prison. Le rapport de Human Rights Watch «Nous sommes dans les tombes» dénonce les conditions inhumaines de détention dans le système carcéral de l’Égypte. Les mauvais traitements infligés à Gaafar correspondent aux conclusions de ce rapport, qui décrit que «les autorités ont interdit aux détenus de contacter leurs familles ou avocats pendant des mois d’affilée, les ont maintenus dans des conditions dégradantes, sans lit, matelas ou produits d’hygiène de base, humiliés, battus et confinés pendant des semaines dans des cellules “disciplinaires” exigües – un traitement qui a probablement équivalu à de la torture dans certains cas – et entravé l’accès à leurs soins médicaux ce qui a éventuellement contribué à certains décès”.

 – La liberté d’expression et le travail de PEN sur l’Égypte

La situation de la liberté d’expression et d’opinion en Égypte s’est fortement détériorée depuis l’arrivée du président Al-Sissi au pouvoir en 2014. De nombreux journalistes et écrivains ont été arrêtés ou forcés de fuir le pays. PEN a adopté une résolution sur l’Égypte lors de son 82e Congrès mondial et a relevé, avec inquiétude, l’augmentation du nombre d’écrivains et de journalistes qui ont été détenus ou emprisonnés uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion, y compris pendant leur travail de journaliste, d’artiste ou de défenseur des droits humains. Ainsi, par exemple, en janvier 2016, la poétesse Fatima Naoot a été condamnée à trois ans d’emprisonnement pour « insulte à l’islam » et « perturbation de la paix publique » pour un commentaire sur Facebook critiquant une célébration islamique traditionnelle. PEN a également fait campagne sur le cas du journaliste et romancier Ahmed Naji, condamné à deux ans de prison en février 2016 pour « atteinte à la pudeur » par rapport à la publication, sous forme de feuilleton de son roman publié en 2014 Istikhdam al-Haya (L’Usage de la vie). Le 18 décembre 2016, une Cour a suspendu la peine de Naji en attendant son recours. Naji a été libéré, mais il fait l’objet d’une audience d’appel et d’une interdiction de voyager. Les autorités égyptiennes ont également refusé à Omar Hazek, poète reconnu internationalement, de quitter l’Égypte en janvier 2016 pour recevoir le prix Oxfam Novib / PEN pour la liberté d’expression. Au début de février 2017, Hazek a été détenu avec d’autres militants et interrogé pendant cinq heures, avant d’être relâché. Plus récemment, PEN a condamné le licenciement arbitraire de trois journalistes d’un journal en raison d’avoir exprimé un avis contraire à la position officielle des autorités égyptiennes.

PEN continue de demander aux autorités égyptiennes de garantir les droits de tous les Égyptiens d’exprimer librement leurs opinions, qu’ils soient citoyens, journalistes ou écrivains, selon la protection assurée dans la Constitution égyptienne et conformément aux obligations de l’Égypte en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Pour toute autre information, veuillez contacter Nael Georges, PEN International, Koops Mill Mews, 162-164, rue Abbey, Londres SE1 2AN | Tél : +44 (0) 207 405 0338 | Courriel : Nael.Georges@pen-international.org

image_print