Home Page > News Item > En mémoire émue de Djibril Ly, président de PEN Mauritanie
Djibril Ly

Djibril Ly, président de PEN Mauritanie

Il y a une semaine nous étions à côté de lui, dans son lit d’hôpital. Nous avons prié pour lui, avec des mots inattendus. Il était en paix. Quel privilège avait voulut que nous deux soyons devenus soudainement les proches de Djibril, lui tenant la main dans ses dernières minutes de vie? Ensemble avec l’ami Ismaïlia, avec Émile et Anne-Laure de PEN Québec, et John Ralston Saul, le président de PEN International, et Roberto et d’autres, une famille d’amis du monde entier rassemblés autour de lui pour l’accompagner dans son dernier voyage.

Comment partager avec vous ce que nous avons vécu avec Djibril pendant la semaine du congrès? Car, malgré sa maladie, la présence de Djibril au congrès a touché tout le monde.

Le premier jour de notre rencontre avait lieu la réunion du Comité de Traduction et Droits Linguistiques: nous avons pu y partager la bonne nouvelle que centre PEN de la Mauritanie allait être accueilli dans la famille de PEN, un centre rassemblant des écrivains de toutes les langues de la Mauritanie. Djibril était arrivé très fatigué de son voyage, malade, mais nous étions convaincus que le jour suivant il pourrait participer aux débats. Nous deux, Romana et Carles, avions pu évoquer, face aux délégués des cinq continents, la capacité de Djibril pour rassembler les littératures de la Mauritanie: son amitié avec Djibril Sall, les jeunes slameurs et les poètes en hassanya et peul, en français et soninké et wolof que nous avions connus lors de la soirée littéraire en juin, les journalistes et chercheurs de différentes générations. Combien de sagesse avait Djibril pour rassembler et produire l’unité malgré les blessures de l’histoire! Romana avait passé l’après-midi et la soirée avec Djibril à l’hôpital.

Le lendemain, le congrès a été dédié à la solidarité avec les journalistes emprisonnés en Érythrée. Et ensuite à la solidarité avec les quatre délégués de l’Éthiopie présents à Québec, quatre écrivains qui subissent la persécution de la part de la police de leur pays à cause de leur défense de la liberté de parole. Djibril avait été opéré d’appendicite mais les docteurs prévoyaient qu’il pourrait se lever après 24h. Romana était à côté de lui : depuis son lit d’hôpital, la présence de Djibril se faisait sentir dans notre assemblée empreinte de solidarité africaine –il était présent parmi nous avec toute sa force, toute sa tendresse.

Les jours suivants, la présence absente de Djibril a été vraiment palpable dans la salle du congrès. Jusqu’à ce dernier jour de notre assemblée: la première chose que nous avons fait ce matin a été présenter le nouveau centre de la Mauritanie, car malheureusement Djibril ne s’était pas rétabli comme prévu. Mohamed Sheriff, du Sierra Léone, a présenté le nouveau centre, et Carles a rendu hommage à Djibril et le centre devant toute l’assemblée : Djibril Ly le créateur de mots, le rassembleur de langues, le messager de la réconciliation, l’home sage et tendre, le fondateur de PEN en terre mauritanienne. Le nouveau centre Mauritanien du PEN a été approuvé par les délégués du monde entier à l’unanimité. Ce soir-là, après la cérémonie de clôture du congrès, l’ami Djibril mourait à l’hôtel-Dieu de Québec.

Ce soir même, Ismaïlia Samba Traoré nous a raconté que, dans la tradition de l’Islam chacun de nous est pétri par le Créateur à partir d’une poignée de terre que Dieu a pris quelque part dans le monde, et que nous revenons tous à cet endroit pour notre mort. L’ami Djibril Ly, donc, ce poète passionné, avait été peut-être modelé avec la terre d’automne des forêts québécoises, tapissée de feuilles de toutes les couleurs du rouge. Ou avec un mélange de terres venues de quatre coins du monde, car ses derniers jours ont été vécus en compagnie de collègues poètes et écrivains du monde entier.

Dans sa chambre, à l’hotel, nous avons trouvé ce poème qui termine en disant

Prête-moi

Ce qui est utile                                               Ce qu’il y a de plus beau

Ce qui va rester

Il restera pour toujours dans notre mémoire. La création du centre PEN Mauritanie a été son testament. Son beau visage sera pour toujours inséparable de PEN International.

Romana Cacchioli et Carles Torner

 

À la mémoire de Djibril Ly, par John Ralston Saul, président international émérite 

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Djibril Ly, président de PEN Mauritanie

Le 26 octobre 2015

Je vous écris aujourd’hui au nom des milliers d’écrivains à travers le monde qui sont membres du PEN international, et tout particulièrement des membres du Centre Québécois, qui ont accueilli notre collègue et ami Djibril Ly dans la ville de Québec lors du 81e Congrès international du PEN. J’adresse ces mots à sa famille, mais aussi à la famille que forment les écrivains, les éditeurs et les traducteurs de la Mauritanie et de partout en Afrique.

La maladie soudaine et la mort de Djibril, nous les avons vécues d’une manière hautement personnelle. Il nous a marqués définitivement. Je réalise à quel point cela a pu être difficile pour sa famille et ses amis qui ont dû suivre à distance le déroulement de cette tragédie. Je tiens à vous assurer qu’à aucun moment il n’a été seul. En tout temps, du début à la fin, nous l’avons accompagné, nous l’avons accompagné avec la chaleur de notre amitié.

Quand j’ai connu Djibril à Bamako, il y a quelques semaines, en septembre, il correspondait tout à fait à celui que m’avaient décrit Carles Torner et Romana Cacchioli, du Secrétariat international du PEN. L’un et l’autre en étaient venus à bien le connaître en  travaillant à la création du Centre mauritanien du PEN que Djibril a établi.

Nous savons tous de lui qu’il incarne la voix de la littérature, la voix d’un homme prêt à subir les affres de la prison pour défendre les principes que nous partageons tous. De lui, nous savons qu’il était le porteur admiré de la liberté d’expression, la voix admirée de la littérature de son pays.

Quand nous nous sommes rencontrés à Bamako, j’ai immédiatement été frappé par sa grande dignité, par son sérieux, par l’élégance de son esprit, son sens de l’ironie, sa passion pour la cause que nous partagions.  Nous avons discuté des nombreuses initiatives qu’allait prendre le PEN mauritanien et de comment nous allions travailler ensemble dans son pays et ailleurs dans la région en appui à la littérature et plus particulièrement pour supporter les ambitions des plus jeunes.

Je me souviens clairement, à peine quelques semaines plus tard, de quand nous nous sommes revus à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Québec. Toutes ces qualités de dignité, d’élégance, d’humour et d’engagement étaient encore bien présentes; comme s’il ne souffrait pas, comme s’il n’était pas si loin de chez lui. Je dois ajouter qu’il se trouvait dans un excellent hôpital où nous avons pu suivre de près l’action des médecins et des infirmières dans leur lutte contre toute la succession de revers et d’échecs que Djibril a subis. Ils se son battus avec toutes les armes dont dispose la médecine moderne, mais en fin de compte, nous l’avons perdu.

Je tiens à ce que vous connaissiez les noms de ceux parmi nous qui avons accompagné Djibril au cours de ces journées-là : notre ami Ismaïla Samba Traoré, président du Centre PEN du Mali; Carles Torner et Romana Cacchioli, que plusieurs d’entre vous connaissez; Anne-Laure Mathieu et Annie-Pénélope Dussault, ainsi qu’Émile Martel, président du PEN Québec; Roberto Alvarez et moi-même. Nous étions rassemblés tous ensemble autour de Djibril en compagnie d’un imam dans les dernières heures du cheminement de Djibril de la vie vers l’au-delà, où nous irons tous le rejoindre un jour.

Quand la mort de Djibril a été connue, la communauté mauritanienne du Canada s’est ralliée en son  honneur et votre Ambassadeur est venu à Québec pour lui rendre hommage. Quelques jours plus tard, à deux mille kilomètres de là, à Winnipeg, un professeur d’origine mauritanienne est venu me parler de Djibril.

Vous êtes tous rassemblés à Nouakchott pour pleurer son départ et célébrer sa vie et ce qu’il a apporté.  Sachez qu’à travers le monde les écrivains du PEN vous accompagnent dans la tristesse que provoque sa disparition et dans l’hommage que vous rendez à son œuvre. C’est d’un auteur admiré que nous voudrons d’abord nous souvenir. Il laisse derrière lui des mots qui nous inspirent et nous émeuvent. Mais il laisse aussi son exemple, sa hauteur morale, son indéfectible courage. Et puis il y a l’héritage de ce qu’il a créé : le PEN de Mauritanie dont l’existence officielle a été unanimement votée par l’Assemblée des délégués du PEN, chacun d’entre nous conscient que Djibril reposait dans son lit d’hôpital tout près de là.

Quel hommage rendons-nous donc à Djibril Ly? Nous allons continuer de le lire. Nous allons nous souvenir de son courage et de ses valeurs morales. Et vous tous, écrivains, traducteurs, éditeurs de Mauritanie, vous aurez l’occasion d’établir le nouveau Centre PEN dont Djibril avait rêvé, de lui donner la voix forte et créatrice de la littérature et de la liberté d’expression.

C’est avec la voix amplifiée et émue de tous les membres du PEN international que je vous offre nos condoléances les plus sincères à l’occasion de la perte de notre ami, de notre frère dans  la littérature, dans la justice, dans la liberté, Djibril Ly.

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Djibril Ly, président de PEN Mauritanie

Hommage a Djibril Ly, par Amadou Lamine Sall

JE SUIS SI EFFONDRÉ À L’ANNONCE DE CETTE CRUELLE NOUVELLE !

Oui je suis effondré d’apprendre la nouvelle de la disparition de Djibril Ly.
Se peut-il que des personnes si vivantes, si brillantes, si réjouissantes, si engagées, meurent? Nous avions encore tellement besoin de Djibril, au-delà de la Mauritanie dont il a porté le combat et le rayonnement intellectuel !

Il nous a laissé un lourd héritage: perpétuer son esprit de combat et d’excellence! Serons-nous à la hauteur en ce temps du monde où nous nous parlons de moins en moins, dévorés par un cruel et insoutenable quotidien. Pourtant, il faudra nous serrer les coudes, savoir chaque matin comment s’est réveillée la création en chacun de nous.

Djibril m’a gâté durant mon dernier séjour en Mauritanie. Il m’a tout donné avec tous ses merveilleux amis de cette Mauritanie qui guérira forcément de son mal, si l’esprit de Djibril triomphe en nous, en chaque enfant de Mauritanie.

Je présente ici mes condoléances à celui qui l’aimait beaucoup, beaucoup: Seydou Nourou Ndiaye, notre frère et ami au service des langues nationales africaines. Il a perdu une part de lui, je le sais.

C’est à toi cher Bios, parmi et avec les autres de tes frères en terre mauritanienne, de te serrer et les dents et le cœur, dans une sincère fraternité, pour accélérer le combat, porter davantage le message de Djibril. Tu le fais déjà bien. Vous devez être exigeants dans la création, sans hâte. Nous sommes avec vous et pour toujours.

C’est maintenant, avec la disparition de Djibril, que commence l’introspection.
A ses enfants, son épouse, ses amis, son pays, au PEN Sénégal et au PEN international qui l’avait invité au Congrès de Québec, je présente mes

Sincères condoléances.

Quelque part, je nourris l’espoir, que son pays, la Mauritanie et le PEN International lui rendront hommage, au-delà de tout.
Djibril avait le cœur aussi vaste que la Kaaba!

Amadou Lamine Sall
Poète
Membre du PEN Sénégal

 

 

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