Home Page > News Item > Face à la montée de l’extrémisme violent, Colloque international de PEN Mali à Bamako

Face à la montée de l’extrémisme violent

 Colloque international de PEN Mali à Bamako

mali-religiousauthorities

Depuis l’intégration de PEN Mali dans PEN International en 2014, le centre a été reconnu comme un acteur engagé dans le processus de paix. Pour la deuxième fois, PEN Mali a organisé un Colloque International des Écrivains, Journalistes et Communicateurs Traditionnels, réunissant cet ensemble des professionnels de la parole qui veulent s’engager pour le dialogue comme voie pour la paix au Mali. Une sale comble de professeurs, chercheurs, poètes, romanciers, communicateurs et étudiants maliens a accueilli du 29 novembre au 2 décembre les débats des participants venus du Sénégal, la Mauritanie, le Maroc, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, ainsi que de la Colombie, le Japon, la Suisse et du secrétariat International de PEN à Londres.

La rencontre a analysé en détail “La montée de l’extrémisme violent comme menace sur l’État, la cohésion sociale, les droits et libertés.” Les présentations ont abordé le sujet depuis plusieurs perspectives: nous avons connu le point de vue sociologique qui analyse la pénétration nombreuse des courants djihadistes dans le centre du Mali à la faveur des tensions entre bergers et agriculteurs, ou le besoin de comprendre la montée des fondamentalismes dans les différentes religions dans le contexte d’un pluralisme religieux qui, dans la mondialisation, actuellement touche tous les niveaux des sociétés. Ou encore les fondamentalismes religieux violents qui, en Turquie ou au Bangladesh, présentés par le directeur de PEN International Carles Torner, qui menacent de prison et de mort la liberté d’expression.

Le miroir colombien

malicolombia

Le débat a été marqué par l’intervention de Cecilia Balcázar, de la Colombie, sur “La guerrilla des FARC, les accords de paix avec l’État colombien. Leçons à partager.” Balcázar a montré comment, pour parvenir à la paix après la violence, il faut réécrire le récit national: “Il y a des éléments de fiction dans la mémoire personnelle et dans la mémoire des peuples. La mémoire est aussi une construction, un langage qui exclut o inclue sélectivement les faits du passé.” Ce besoin de changer le langage pour parvenir à un récit de paix est un défi, mais l’avènement d’un nouveau récit peut avoir la force, en Colombie, d’un moment de conversion. Un nouveau langage pour faire le récit national ne peut être crée sans l’expérience du pardon.

À partir de ce moment, le besoin de pardon et le besoin de reconnaissance mutuelle entre les acteurs des conflits –en Colombie ou au Mali— ont été au centre des débats. Comment reconnaître comme acteur politique l’agresseur d’hier ? Quel model d’état peut intégrer les différences. Dans le cadre du Mali, quel statut politique donner à l’Azawad dans l’intégralité territoriale? La force du pardon a suscité un des moments forts du colloque, le témoignage de l’écrivain

de la Guinée Lamine Kamara avec son appel à la jeunesse malienne: “Après ma détention arbitraire, après la torture électrique et sept années d’emprisonnement, au moment de sortir de prison je me suis arrêté sur le seuil. J’ai pris du temps pour traverser ce seuil. Parce que j’ai alors décidé, et pour toujours, de pardonner le mal qu’on m’avait fait.”

Dans la même perspective, les interventions de Khadi Mint Cheickna de la Mauritanie, d’Amoa Koidio Urbain de la Côte d’Ivoire et d’Alix Parodi de la Suisse ont mis l’accent sur le processus historiquement lent mais nécessaire de construire un état moderne sans nier la diversité culturelle ou religieuse qui le compose, mais au contraire en cherchant la reconnaissance et l’articulation des différences. Et Tsutomu Ide du Japon nous a rappelé le courant de post-vérité qui souffle partout et qui fait audibles les idées extrèmes et violentes que la société avait rejeté dans le passé.

Dialogue avec les autorités religieuses et la MINUSMA

mali2

Un autre moment fort du colloque a été le dialogue avec les autorités religieuses du Mali. Sous le titre « Configurations actuelles de l’Islam au Mali », parmi d’autres théologies musulmans et experts, le Chérif Madani Haïdara, président du regroupement des chefs spirituels du Mali, a proclamé que l’Islam est une religion de paix qui n’a pas à se défendre, et s’est montré ouvert pour répondre toutes les questions de la salle. Questions sur les courants intérieurs à l’Islam, sur le statut de la femme, sur les stratégies face au fondamentalismes, sur la vision spirituelle du djihad… le débat a pris une grande partie de la matinée.

La force des Nations Unies pour soutenir le processus de paix au Mali, la MINUSMA, qui avait collaborait avec le colloque en assumant le déplacement des quatre intervenants touaregs depuis Tombouctou, a aussi prit la parole et a débattu avec d’autres intervenants sur les aléas du processus de paix dans le débat sur l’articulation de l’État au Mali et dans le cadre des stratégies connues d’Al Qaeda du Maghreb Islamique et de Daech. Finalement, les débats ont porté sur l’enracinement des droits humains et très particulièrement de la liberté d’expression dans les cultures de l’Afrique occidentale précoloniale, avec la Charte du Mandé comme référence.

Parmi les conclusions du colloque, soulignons celle qui veut maintenir ouvert cet espace de réflexion internationale et de participation des écrivains, journalistes, communicateurs et intellectuels maliens au processus de paix. Le rôle de PEN Mali est désormais essentiel dans son pays et dans l’engagement pour la paix de PEN Internationale.

La reconnaissance de ce rôle est souligné aussi par les nombreux soutiens qu’à reçu la conférence, au delà de PEN International : l’Organisation International de la Francophonie, la Présidence et le Ministère de la Justice du Mali, la MINUSMA, ainsi que la Ligue por la Justice et les université pour les Sciences Humaines et pour les Sciences Juridiques et Politiques de Bamako.

image_print