Journée mondiale de la poésie 2016 : agissons pour Amanuel Asrat


Amanuel Asrat, poète érythréen primé, critique et rédacteur en chef de l’éminent journal ዘመን (« Zemen », qui veut dire « le temps »), a été arrêté à son domicile le 23 septembre 2001 au matin dans le cadre d’une campagne de répression à l’encontre des médias publics et privés. On rapporte qu’il est détenu sans aucune accusation définie et sans avoir bénéficié d’un procès. Le peu d’informations disponibles indique que Asrat serait incarcéré au sein de la prison de haute sécurité Eiraeiro, située au nord d’Asmara. PEN International pense que la détention d’Asrat est une tentative du gouvernement érythréen d’étouffer les critiques et notamment les commentaires concernant le conflit qui l’oppose à l’Éthiopie.

En juillet 2001, le gouvernement érythréen a engagé une campagne répressive dans le but de faire taire toute critique à son encontre. De nombreuses arrestations ont eu lieu impliquant opposants politiques, étudiants et de nombreux journalistes. Dans le cadre de cette vague répressive, Amanuel Asrat a été arrêté le 23 septembre 2001, journée pendant laquelle tous les rédacteurs de journaux privés ont aussi été arrêtés. On estime que 11 de ces journalistes sont encore incarcérés.

On rapporte que les autorités auraient affirmé que les journalistes auraient été envoyés faire leur service national et que leur détention aurait été nécessaire dans le but de préserver l’unité nationale ou en raison d’un manque de conformité de certains journaux avec les autorisations médiatiques requises. En avril 2003, le président Isaias Afewerki affirmait à Radio France Internationale que les journalistes, répertoriés comme incarcérés ou portés disparus, avaient en fait été corrompus par les forces d’opposition au gouvernement afin de créer des divisions. Il a déclaré : « On ne peut pas dire si un espion est un journaliste … En pleine guerre, nous avons dû nous en assurer. Nous avons dû leur dire trop, c’est trop ! ». En 2004, lors d’un entretien, le président Afewerki a déclaré que jamais un média indépendant n’avait existé en Érythrée, il s’agissait seulement de journalistes à la solde de la CIA. Toutefois PEN International pense que ces arrestations ont été orchestrées afin de faire taire toute critique contre le gouvernement érythréen.

Quatorze ans plus tard, la situation d’Asrat et des autres prisonniers est toujours obscure. On ignore si des accusations ont été retenues à leur encontre et même si un procès a eu lieu. Les inquiétudes sur la santé des détenus sont importantes : en effet le décès de quatre journalistes en détention pose la question des mauvais traitements, du recours à la torture et de l’absence d’accès aux soins médicaux. On pense qu’Asrat est l’un des rares journalistes à avoir survécu parmi ceux détenus dans la prison de haute sécurité Eiraeiro, située au nord d’Asmara.

Le 30 septembre 2015, lors de la journée internationale de la traduction, des membres de PEN originaires du monde entier ont traduit le poème ኣበሳ ኲናት (Le fléau de la guerre) dans les langues suivantes : afrikaans, bangla, catalan, croate, néerlandais, anglais, hongrois, lituanien, occitan, portugais, russe, slovène, espagnol, tamazight et tigrigna. De même que Raif Badawi et Juan Carlos Argeñal Medina, Asrat faisait partie des absences remarquées au 87e congrès de PEN International à Québec.

ኣበሳ ኲናት (The Scourge of War)

Where two brothers pass each other
Where two brothers meet each other
Where two brothers conjoin
In the piazza of life and death
In the gulf of calamity and cultivation
In the valley of fear and peace
Something resounded.
The ugliness of the thing of war
When its spring comes
When its ravaging echoes knock at your door
It is then that the scourge of war brews doom
But…
You serve it willy-nilly
Unwillingly you keep it company
Still, for it to mute how hard you pray!

Translated by Tedros Abraham

Contexte :

On attribue à Amanuel Asrat le renouveau de la poésie érythréenne du début des années 2000. Avec deux amis, il créa, en 2001, un club littéraire appelé ቍርሲ ቀዳም ኣብ ጠዓሞት (Le dîner du samedi). Cette initiative a fait école et des clubs littéraires similaires ont vu le jour dans toutes les villes importantes d’Érythrée. Asrat est aussi un poète et parolier reconnu. Ses écrits peignaient des sujets allant de la vie quotidienne des défavorisés à des thèmes concernant la guerre et la paix. Ses travaux apportaient un œil critique sur les conflits, approche inhabituelle pour la poésie populaire érythréenne en temps de guerre.

Son poème primé ኣበሳ ኲናት (Le fléau de la guerre) faisait allusion au conflit de frontière, alors en cours, entre l’Érythrée et son voisin l’Éthiopie, en décrivant le sang versé par deux frères. À l’été 1999, le poème fut récompensé par le prix décerné par le Comité national de coordination des fêtes, dirigé par le Front populaire pour la démocratie et la justice. Ce comité organise les événements officiels, les commémorations et les festivals dans tout le pays. Le prix décerné est considéré comme l’un des plus prestigieux en Érythrée en ce qui concerne l’art et la littérature. Le Comité a résumé la singularité du poème d’Asrat à travers son propos sévère contre la guerre.

Le journal ዘመን (« Zemen », qui signifie « le temps »), dans kequel Asrat travaillait, était devenu le principal journal littéraire du pays et était tenu par un groupe de critiques qui contribuait à la définition du paysage culturel érythréen. En tant que critique d’art le plus en vue de son pays, le travail d’Asrat au sein du journal était largement connu.

En juillet 2001, le gouvernement érythréen s’est engagé dans une campagne de répression visant à faire taire toute critique et arrêtant ainsi des membres de l’opposition, des étudiants et de nombreux journalistes. Le 18 septembre 2001, 15 dissidents du Front populaire pour la démocratie et la justice (parti politique actuellement au pouvoir en Érythrée) ont publié une lettre ouverte dans laquelle ils dénonçaient les abus de pouvoir d’Afewerki et définissaient ses actes comme « illégaux et anticonstitutionnels ». À la suite de cette publication, tous les dissidents du parti furent emprisonnés et les journaux privés interdits. Ces journaux indépendants avaient publié des interviews et des articles en lien avec la lettre ouverte. Il y a très peu d’informations officielles concernant leur situation et leur état de santé. Les inquiétudes pour leur santé sont importantes alors que les conditions de détention en Érythrée font partie des plus difficiles, avec des détenus fréquemment incarcéré dans des zones désertiques, enfermés dans des containers en métal ou dans des cellules souterraines. Les prisonniers érythréens sont systématiquement maltraités et soumis à la torture, comme technique de punition, d’interrogatoire ou de coercition. Beaucoup pensent qu’au moins quatre (et probablement neuf) de ces journalistes sont décédés lors de leur détention. Depuis la fermeture des journaux indépendants, le gouvernement contrôle et dirige tous les médias d’information via son ministère de l’information.

La situation actuelle de l’Érythrée, en ce qui concerne la liberté d’expression, reste désespérante. L’Érythrée est devenu, en l’espace d’une décennie, l’un des pays du monde méprisant le plus les droits de l’Homme, se classant troisième, après la Chine et l’Iran, en termes d’emprisonnements de journalistes, selon le Comité pour la protection des journalistes. Selon les informations de PEN International, il y aurait 25 journalistes, écrivains et militants politiques détenus arbitrairement pour avoir exercé leur droit de s’exprimer librement.

En réponse à cette situation, les journalistes érythréens en exil ont crée PEN Érythrée dans le but de connecter avec le monde ce pays inaccessible et de faire campagne au nom des journalistes détenus, certains desquels ont passé plus de dix ans sans aucun contact avec leurs proches.

Envoyez vos pétitions :

  • pour exiger des autorités érythréennes une clarification immédiate sur le sort des journalistes détenus ainsi que leur libération immédiate et sans conditions,
  • pour dénoncer la détention du poète et journaliste Amanuel Asrat sur des motifs politiques et sans qu’il n’y ait eu à son encontre ni accusations portées ni procès organisé depuis 2001,
  • pour exprimer vos inquiétudes quant à l’état de santé d’Asrat alors que le décès de quatre autres journalistes en détention serait la preuve de mauvais traitements, d’un probable recours à la torture et d’une absence d’accès aux soins médicaux.

Les pétitions sont à adresser à :

Le Président
His Excellency, Isaias Afewerki
Office of the President,
P.O.Box 257,
Asmara,Eritrea
Fax:  + 2911 125123

Le ministre de la justice
Hon. Minister of Justice Fawzia Hashim
P.O.Box 241
Asmara, Eritrea
Fax: + 291 1 126422

Nous vous conseillons d’envoyer une copie de vos appels et pétitions au représentant diplomatique d’Érythrée dans votre pays. Vous pouvez trouver les coordonnées des ambassades d’Érythrée ici.

Sur les réseaux sociaux

Des suggestions de tweets :

  • Libérez le poète érythréen Amanuel Asrat emprisonné depuis 14 ans sans procès pour raisons politiques #Eritrea #FreeAsrat #WPD2016 @pen_int {insert link to PEN action paper}
  • Pour le #WPD2016 agissez en faveur des poètes emprisonnés pour avoir usé de leur droit d’expression #FOE {insert link to PEN action papers}

Parlez-en !

Nous encourageons les membres de PEN à :

  • Publier des articles et éditoriaux dans les journaux nationaux ou locaux sur l’affaire concernant Amanuel Asrat,
  • Organiser des événements publics, des conférences de presse ou des manifestations,
  • Partager sur les réseaux sociaux les informations concernant Amanuel Asrat et vos actions organisées en sa faveur.
  • Tenez-nous au courant de vos actions, et si possible, envoyez-nous un compte-rendu de celles-ci avant le 21 avril 2016 afin que nous puissions les relayer dans les autres centres.

 Pour de plus amples informations, vous pouvez contacter Emma Wadworth-Jones de PEN International : PEN International, Unit A, Koops Mill Mews, London, SE1 2AN, Tel.+ 44 (0) 20 7405 0338, email: emma.wadsworth-jones@pen-international.org

(Traduit par Aurélie Héois)