Le Honduras doit mettre un terme aux violences dont sont les victimes les journalistes et au climat d’impunité


Le nombre d’assassinats dont la victime est un journaliste ne cesse d’augmenter, révèle un nouveau rapport publié aujourd’hui

(Londres, le 23 janvier 2014) – Dans un climat de [quasi] parfaite impunité, le nombre de menaces et d’agressions mortelles dont sont victimes les journalistes qui enquêtent sur la criminalité organisée, la corruption au sein du gouvernement et autres questions sensibles au Honduras ne cesse d’augmenter, révèle le rapport publié aujourd’hui par PEN International en collaboration avec le centre PEN canadien – PEN Canada – et le Programme international Droits de l’Homme (International Human Rights Programme, IHRP) de la faculté de droit de l’Université de Toronto.

Ce rapport – Honduras, le journalisme à l’ombre de l’impunité – rend compte de la montée de la violence à l’encontre des journalistes depuis le coup d’état qui a obligé le président José Manuel Zelaya à quitter le pouvoir en juin 2009, et de l’incapacité des mécanismes, nationaux comme internationaux, à mener les investigations auxquelles on s’attendrait et à punir les responsables. Depuis juin 2009, au moins 32 journalistes honduriens – dont la plupart travaillaient pour la radio et la télévision – ont été tués, et nombreux sont ceux qui travaillent aujourd’hui dans la peur, et s’autocensurent.

« Le Honduras connaît une crise extrême. Le rapport fondamental et incisif que publie PEN fait état de l’alliance fatale entre corruption et impunité, qui détruit le Honduras. Il faut de toute urgence que le Honduras et la communauté internationale travaillent ensemble à renforcer l’état de droit dans le pays, » dit Marian Botsford Fraser, présidente du Comité de défense des écrivains emprisonnés de PEN International.

La flambée de la violence et l’impunité omniprésente ont fait du Honduras l’un des pays les plus violents du monde. Certes, les cartels internationaux de la drogue sont en partie responsables de la hausse du taux d’homicides : mais c’est en grande partie aux organes d’état que l’on doit la crise de violence actuelle, indique ce nouveau rapport.

Le niveau de corruption au sein des forces de police est alarmant, sapant la confiance du public à la fois dans les organes d’état et dans les institutions clés, et, à terme, entravant la capacité institutionnelle du système de justice. Trop nombreuses sont les agences qui réservent au problème de la violence et de l’impunité un traitement purement notionnel, ce qui crée une situation où personne ne prend la responsabilité de veiller à ce que justice soit faite, pour les victimes et pour leurs familles.

La récente vague de faits de violence mortels qui a pris pour cible les journalistes a été accueillie avec un mélange, à présent familier, de ressources inadéquates, d’incompétence bureaucratique, de décharge de responsabilité et de déni. L’assassinat d’un journaliste fait rarement l’objet d’une enquête digne de ce nom, encore moins d’une solution : depuis 2003, sur les 38 affaires d’assassinats concernant des journalistes, seules deux ont donné lieu à des condamnations.

« L’actuel climat d’impunité généralisée au Honduras est la conséquence du refus de vouloir endosser la responsabilité des violations graves des droits de l’Homme, qui sont commises depuis des décennies. La violence se repaît de l’impunité. Le Honduras restera enfermé dans ce cercle terrible d’impunité et de violence tant que les responsabilités ne seront pas véritablement attribuées », dit Carmen Cheung, directrice adjointe du Programme international Droits de l’Homme de la Faculté de droit de l’Université de Toronto.

PEN International, PEN Canada et le Programme international Droits de l’Homme de la Faculté de droit de l’Université de Toronto, ensemble, appellent le gouvernement du Honduras à enquêter pleinement sur tous les assassinats des journalistes, à donner les pleins pouvoirs aux institutions d’état et à mettre en place de nouveaux mécanismes autant que de besoin, afin de garantir que tous les membres des médias bénéficient de la pleine protection du droit.

Les recommandations clés que les trois organisations proposent au gouvernement du Honduras sont les suivantes :

Le gouvernement du Honduras doit :

• S’assurer de mettre en place des organes d’enquête et des protocoles appropriés pour punir les crimes perpétrés contre les journalistes.
• Donner les pleins pouvoirs au procureur spécial des droits de l’Homme, de sorte à ce qu’il puisse enquêter et poursuivre les assassins des journalistes et des défendeurs des droits de l’Homme, et veiller à ce que ses services bénéficient de ressources financières, humaines et techniques suffisantes pour s’acquitter de leurs missions.
• Veiller à ce que de nouveaux mécanismes légaux destinés à améliorer la sécurité des journalistes – tel le projet de loi relatif à la protection des défendeurs des droits de l’Homme, des journalistes, des internautes des médias et réseaux sociaux et des intervenants de justice – soient mis en place, avec les moyens financiers, humains et techniques nécessaires, à l’appui d’une véritable volonté politique, pour garantir l’efficacité de leur mise en œuvre.

Ce rapport contient en outre une série de recommandations destinées aux médias honduriens et à la communauté internationale en matière de protection des journalistes dans ce pays, y inclus un appel aux états-bailleurs que sont le Royaume-Uni et le Canada de travailler avec le Honduras à ces questions.

« Nous n’assisterons à aucun changement si le gouvernement hondurien doit agir seul », indique Tasleem Thawar, directrice générale de PEN Canada. « Chaque pays et chaque organisation internationale qui ont des intérêts dans le Honduras – qu’il s’agisse d’intérêts économiques ou de sécurité, sociaux ou culturels – doit s’assurer que le soutien qu’ils apportent à ce pays s’accompagne d’exigences en matière de respect des droits de l’Homme. »

Pour prendre connaissance de la version intégrale du rapport, rendez-vous sur: http://issuu.com/peninternational/docs/pen_int_honduras

Pour toute information complémentaire et demande d’entretiens, veuillez contacter :

Sahar Halaimzai, sahar.halaimzai@pen-international.org | Tél. : +44 (0)20 74 05 03 38

Les personnes suivantes seront heureuses d’accorder des entretiens :
• Dina Meza, journaliste et activiste de la cause des droits de l’Homme hondurien
• Eduardo Bähr, écrivain hondurien et directeur de la Bibliothèque nationale de Tegucigalpa
• Julio Alvarado, journaliste hondurien
• Brendan de Caires, centre PEN du Canada, chargé des programmes et de la communication
• Carmen Cheung, directrice adjointe du Programme international Droits de l’Homme de la Faculté de droit de l’Université de Toronto
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Le Programme international Droits de l’Homme (International Human Rights Program – IHRP) de la Faculté de droit de l’Université de Toronto a vocation à valoriser la protection légale des obligations internationales en matière de droits de l’Homme, existantes comme nouvelles, à l’appui d’initiatives de plaidoyer, d’échange de connaissances et de développement des capacités, qui proposent aux étudiants des opportunités d’apprentissage empirique et offrent de l’expertise juridique à la société civile. www.ihrp.law.utoronto.ca