Les PEN clubs de la Russie et d’Ukraine affirment leur unité vis-à-vis de la puissance de la propagande mettant à bas le discours normal du débat public.


Stockholm, le 11 juin 2014
Conférence internationale PEN tenue sur la tension entre la Russie et l’Ukraine et organisée par la section suédoise de PEN.

Les PEN clubs de Russie et d’Ukraine affirment leur unité vis-à-vis de la puissance de la propagande mettant à bas le discours normal du débat public.

A l’occasion d’une réunion d’écrivains tenue à Stockholm par PEN International et la section suédoise de PEN, Loudmila Ulitskaya, vice-présidente de PEN pour la Russie, a parlé des « mensonges qui empoisonnent les esprits qui ne disposent pas d’autres sources d’information » et Alexandra Hnatiuk, membre du PEN Club pour l’Ukraine, de « propagande destinée à fabriquer des ennemis ».

PEN International s’est employé à mettre sur pied des réunions d’écrivains de par l’Europe en vue de réunir des Russes et des Ukrainiens avec leurs collègues du monde entier. PEN demeure convaincu qu’à l’échelle mondiale, et avec la violence qui prévaut et qui menace, les canaux de débat publics doivent demeurer ouverts. Le président de Pen International, John Ralston Saul, a pu déclarer que « La paix et la stabilité ne résident pas dans des accords conclus en vase clos, mais dans la capacité des gens à communiquer en public ».

Au cours des trois derniers mois, l’Ukraine a subi des agressions constantes de la part de la Fédération de Russie. Il y a eu l’annexion illégale de la Crimée, ce qui suscite de graves inquiétudes quant aux droits de la population tatare, et dans la foulée des groupes armés ont créé des troubles violents dans les régions orientales de l’Ukraine dans le but de déstabiliser le pays tout entier. La section ukrainienne du PEN a eu l’occasion de parler de journalistes abattus, assassinés, enlevés et torturés. La section russe de PEN souligne que cette violence se fonde sur des choix terminologiques : « Les mots sont les seuls moyens dont nous disposons pour construire la signification et pour exprimer la réalité. En ce moment, les autorités russes utilisent les mots pour détruire la réalité. Il va sans dire que cela constitue un crime à l’encontre de la culture ».

PEN est particulièrement préoccupé par le raz-de-marée de lois hostiles à la liberté d’expression décidées en Russie, et qui comprennent la désignation des ONG internationales comme des agents de l’étranger, des lois anti-gay, des lois permettant le blocage de sites web sans décision de justice, des lois s’opposant aux débats sur l’histoire de la Russie ainsi qu’une loi sur la diffamation religieuse. Les droits de l’homme sont en train d’être sérieusement mis à mal au nom de la sécurité.

Les gens se demandent si nous sommes confrontés à une guerre d’intérêts ou de valeurs, ou bien des deux à la fois. Quoi qu’il en soit, la seule issue véritable réside dans l’ouverture de canaux de libre expression. Les personnes se trouvant en première ligne sont souvent les journalistes, dans tous les pays. Nous admirons leur courage et demandons à ceux subissant des pressions de ne pas perdre de vue, comme l’a affirmé Lev Rubinstein, que “la propagande, c’est l’effondrement du langage”.

—————————————————————————————————————–

La présente déclaration a été rédigée suite à une série de rencontres tenues entre des écrivains russes et ukrainiens, dont Alexeï Simonov, Lev Rubinstein, Andreï Kurkov, Myroslav Marynovitch, Mykola Riabtchuk, Léonide Finberg ainsi que des confrères étrangers. Les réunions ont eu lieu dans les villes de Kiev, Bled et Varsovie. Les participants à celle de Stockholm étaient les Centres PEN de Suède, Norvège, Finlande, Estonie, Slovénie et d’Allemagne.

La déclaration porte les signatures de:

John Ralston Saul, Président de PEN International.
Tone Peršak, qui préside les écrivains du Comité de PEN International pour la Paix.
Takeaki Hori, Secrétaire à l’International de PEN International.
Jarkko Tontti, Trésorier à l’International de PEN International.
Carles Torner, Directeur Exécutif de PEN International.

Tomas Tranströmer, Lauréat Nobel de Littérature en 2012.
Mario Vargas Llosa, Lauréat Nobel de Littérature en 2011 et ancien Président de PEN International.
Per Wästberg, ancien Président de PEN International et membre de l’Académie Royale de Suède.
György Konrad, ancien Président de PEN International.
Ronald Harwood, ancien Président de PEN International.
Homero Aridjis, ancien Président de PEN International.
Peter Englund, membre de l’Académie Royale de Suède.
Kjell Espmark, membre de l’Académie Royale de Suède.