Home Page > News Item > Libérez les écrivains turcs emprisonnés

Collage imageLettre adressée à Ahmet DAVUTOĞLU, le premier ministre turc, par ADONIS, Al-SHAYKH, Margaret ATWOOD, J.M. COETZEE, Elfriede JELINEK, Karl Ove KNAUSGAARD, Herta MÜLLER, Mario Vargas LLOSA entre autres

Le 24 mars 2016

À la veille de l’ouverture du procès des rédacteurs en chef du quotidien turc, Cumhuriyet, Can DÜNDAR et Erdem GÜL, à l’issue duquel il se pourrait fort que le juge prononce une peine de prison à vie à leur encontre, PEN International a transmis une lettre ouverte au premier ministre turc, le priant instamment d’abandonner l’ensemble des charges retenues contre les deux journalistes et l’appelant à mettre un terme à la politique de répression menée par son gouvernement contre la liberté d’expression en Turquie. Lire cette lettre ouverte.

Signée par plus de 100 écrivains, dont plusieurs lauréats du Prix Nobel, par des membres de PEN International et des membres du Cercle des écrivains de PEN – dont ADONIS, Homero ARIDJIS, Monica ALI, Hanan ALSHAYKH, Margaret ATWOOD, Herta MÜLLER, J.M. COETZEE, Elfriede JELINEK, Karl Ove KNAUSGAARD, Yann MARTEL, Sofi OKSANEN, John Ralston SAUL, Elif SHAFAK, Burhan SÖNMEZ, Colm TÓIBÍN, Mario Vargas LLOSA et Per WÄSTBERG – cette lettre ouverte condamne le climat de peur, la censure et le musellement des voix critiques dans le pays.

« Les autorités turques ont, ces dernières années, déployé des efforts phénoménaux pour faire taire la critique et les voix contestataires, comme en fait état le récent rapport de PEN sur l’état de la liberté d’expression en Turquie. Ce déploiement d’autorité sans précédent s’est manifesté de multiples manières, de la répression brutale des manifestations pacifiques du parc de Gezi aux coups d’estoc portés inlassablement à la libre parole en ligne, sans compter l’arrestation et la détention de dizaines d’écrivains, de journalistes et universitaires », lit-on dans cette lettre ouverte. Qui précise que ces deux dernières années, la moitié des affaires concernant des violations du droit à la libre expression portées devant la Cour européenne des droits de l’Homme, à Strasbourg, l’étaient contre la Turquie.

Cette lettre ouverte met tout particulièrement en lumière les affaires de Can DÜNDAR et d’Erdem GÜL, tous deux arrêtés le 26 novembre 2015 sur la foi d’allégations d’espionnage et autres délits constituant une atteinte à la sécurité nationale portées contre eux en juin 2015 par le président turc, Recep Tayyip ERDOĞAN, à la suite d’un reportage publié quelques mois auparavant dans les pages de la Cumhuriyet. Cet article consistait en des extraits vidéo et plusieurs photos de livraisons d’armes effectuées par les services de renseignement turcs à des groupes islamistes en Syrie. Les deux journalistes risquent d’être condamnés à la prison à perpétuité.

Le 17 février dernier, la cour constitutionnelle turque, siégeant en formation collégiale de cinq juges, a décidé de reporter l’audience afin de statuer en séance plénière – soit 17 juges –, ce qui donne une bonne idée du caractère sensible de cette affaire. Le 25 février, la cour constitutionnelle a estimé que la détention des deux journalistes portait atteinte à leurs droits humains fondamentaux. Remis en liberté le lendemain matin, ils n’en risquent pas moins la prison à vie.

Voici déjà un certain nombre d’années que PEN International suit de très près la situation délétère de la liberté d’expression en Turquie : un rapport publié en décembre 2015 souligne les menaces graves qui pèsent sur la liberté d’expression dans le pays, qu’il s’agisse de persécution et/ou de l’incarcération de journalistes, de surveillance de masse, d’actions punitives à l’encontre des médias sociaux et de sites Internet, ou encore l’adoption de dispositions législatives valant mesures de répression.

« Le fait que Can DÜNDAR et Erdem GÜL risquent d’être condamnés à la prison à perpétuité, au seul motif de s’être acquittés de leur devoir d’information est la preuve difficilement contestable de la gravité de l’état de la liberté d’expression en Turquie. Hélas, cette affaire n’est pas unique : pas moins de 20 écrivains sont actuellement derrière les barreaux, et des dizaines d’autres font l’objet de poursuites ou d’un procès pour la seule et unique raison d’avoir exercé, pacifiquement, leur droit à s’exprimer librement », indique Jennifer CLEMENT, présidente de PEN International.

« Nous appelons les autorités turques à abandonner immédiatement l’ensemble des charges retenues contre Can DÜNDAR, Erdem GÜL et tous ceux et toutes celles qui sont actuellement incarcérés pour avoir exercé, pacifiquement, leur droit à s’exprimer librement, et à mettre un terme à cette campagne de répression de la liberté d’expression. »

À la fin de l’année 2015, PEN International dénombrait 28 écrivains et journalistes détenus ou emprisonnés en Turquie, et une centaine d’autres en procès, dans la plupart des cas sur la foi d’allégations de délits portant atteinte à la sécurité nationale.

Lire cette lettre ouverte.

Pour toute information complémentaire, veuillez contacter Sahar HALAIMZAI, Responsable Communication et Campagnes : Sahar.halaimzai@pen-international.org |portable : +44 (0)75 14 13 96 06 | ligne directe : +44 (0)20 74 05 03 38 | 162-164 Abbey Street, Londres, SE1 2AN, Royaume-Uni.

 

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