Home Page > News Item > PEN salue la libération de Gürsel et Karataş malgré une « sombre semaine » pour la liberté d’expression en Turquie

645x344-police-launches-investigation-on-cumhuriyet-daily-over-terror-support-charges-147790243905529 septembre 2017 — « La semaine qui vient de passer a été une autre semaine sombre pour le droit à la liberté de parole en Turquie, laquelle continue d’emprisonner des centaines de journalistes et d’écrivains. Quand nous saluons la libération de détention préventive de Kadri Gürsel et Yusuf Karataş, nous réitérons cependant notre appel aux autorités turques afin qu’elles cessent de réprimer la liberté d’expression, qu’elles rétablissent la liberté de presse et qu’elles libèrent immédiatement et inconditionnelle tous ceux qui sont détenus pour avoir exprimé leurs points de vue de manière pacifique », a déclaré Carles Torner, Directeur général de PEN International.

Le lundi 25 septembre, le chroniqueur du Cumhuriyet et représentant turc de l’International Press Institute (IPI), Kadri Gürsel, a été libéré après avoir passé plus de 11 mois en détention préventive. Quatre de ses collègues cependant — à savoir, le chef d’équipe Akın Atalay, l’éditeur en chef Murat Sabuncu, le journaliste d’investigation Ahmet Şık et le comptable Emre İper — demeurent derrière les barreaux, dans le cadre de cette affaire qui a vu 14 individus être détenus de manière préventive. Les employés duCumhuriyet sont accusés d’être venus en aide à des organisations terroristes (plus spécifiquement, le Mouvement Gülen, le Parti travailliste du Kurdistan [PKK] et le groupe d’extrême gauche DHKP/C) sans en être membres et risquent des peines d’emprisonnement allant de 7,5 à 43 ans si reconnus coupables. La prochaine audience dans l’affaire du Cumhuriyetest prévue pour le 31 octobre. PEN International, qui a assisté à l’audience précédente avec PEN Belge, PEN Norvège, PEN Suisse italien et Rethoromansh et PEN Suisse Romand, réitère son appel à la libération de Akın Atalay, Murat Sabuncu, Ahmet Şık et Emre İper.

Le vendredi 22 septembre, la 9e Haute Cour pénale de Diyarbakır a ordonné la libération de Yusuf Karataş, un chroniqueur du quotidien Evrensel. Il était en détention préventive depuis le 27 juillet 2017 relativement à une enquête sur le Congrès du Peuple démocratique (DTK), un rassemblement tenu par des organisations kurdes non gouvernementales qui militent pour une plus grande autonomie kurde dans le sud-est de la Turquie. Lors de sa libération, Karataş a déclaré que « peu importe que nous soyons à l’intérieur ou à l’extérieur, nous continuerons à dire la vérité ». L’avocat Tugay Bek, qui fait partie de l’équipe juridique de Karataş, a dit que les accusations pesant contre son client étaient liées à des activités ayant eu lieu entre 2009 et 2013, une période lors de laquelle le DTK fonctionnait librement conformément aux accords qui faisaient partie des négociations de paix qui étaient en cours, à l’époque. PEN International considère que les accusations portées contre Karataş sont de nature politique et appelle les autorités turques à faire cesser la poursuite dont est victime Karataş ainsi qu’à mettre un terme au harcèlement à l’endroit du Evrensel, l’un des rares médias d’information oppositionnels à demeurer encore dans le pays.

Mardi le 19 septembre a été le théâtre d’une autre audience de l’affaire relative aux frères Altan et à 15 autres individus, tous accusés d’être membres d’une organisation terroriste et d’avoir tenté de renverser le gouvernement ; les accusations semblent les désigner comme étant « l’aile médiatique » du Mouvement Gülen. Ahmet Altan s’est défendu en déclarant que « les États se distinguent des groupes armés par l’existence de juges », en ajoutant plus tard : « que l’on me montre une seule preuve ; j’abandonnerai mon droit à l’appel et j’accepterai de passer le reste de mes jours, en silence, dans une cellule de prison ». Nazlı Ilıcak, un autre accusé dans cette affaire, qui travaillait comme chroniqueur au quotidien Bugün, a dit lors de sa défense que « nous, les journalistes, ne pouvons pas être jugés selon nos articles… Quelle est cette phrase qui, aux dires du procureur, “évoquait le coup d’État” ? Il n’indique aucune phrase précise. Il parle en termes généraux. Quand donc ai-je fait l’éloge du coup d’État ? »  À la suite de l’audience, la cour a décidé de poursuivre la détention provisoire des 17 accusés. La prochaine audience se tiendra le 13 novembre. PEN International considère que cette affaire est de nature politique, ce qui empêche la production de toute preuve crédible, et répète son appel aux autorités turques à libérer immédiatement et inconditionnellement les accusés de leur détention préventive.

Aujourd’hui, 29 septembre, 170 écrivains et journalistes demeurent dans les prisons turques. Depuis la tentative ratée de coup d’État de l’an passé, et l’état d’urgence qui fut subséquemment imposé, 150 médias ont été forcés de cesser leurs activités au moyen de décrets statutaires, incluant 64 journaux et 28 maisons d’édition. L’état d’urgence et la législation antiterroriste sont utilisés de manière indue pour restreindre sévèrement les droits de la personne, étouffer la critique et limiter l’expression et la diffusion d’une variété de points de vue et d’opinions. 

Pour plus de détails, veuillez contacter Laurens Hueting à PEN International, Koops Mill, 162-164 Abbey Street, London, SE1 2AN, UK Tel : +44 (0) 20 7405 0338 Fax +44 (0) 20 7405 0339 courriel :laurens.hueting@pen-international.org

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