Un lettre au Dieudonné Enoh Meyomesse, ecrite par Alain Mabanckou


enoh-meyomesse-1-890x395Mon Cher Dieudonné Enoh Meyomesse,

Le monde serait parfait si la liberté d’expression ne souffrait pas au jour le jour, dans notre continent, de la cécité de nos gouvernants qui ont toujours perçu les écrivains africains comme leurs « opposants naturels », parce que nous n’acceptons de cautionner aucun régime et que notre indépendance n’est pas à monnayer…

Ces dirigeants politiques estiment que l’écriture est nocive, incompatible avec les pratiques arbitraires qu’ils ont installées et qui pèsent sur les populations parfois depuis plusieurs décennies, comme c’est le cas dans ton pays, le Cameroun. Or tu n’es pas seul dans ta captivité car lorsqu’un écrivain est emprisonné, il entre dans sa cellule avec l’armée de ses lecteurs et le bruit des pas de ses collègues indignés. C’est cet optimisme qui m’a encouragé à t’écrire cette missive afin de te rappeler que nous ne cesserons jamais de prononcer ton nom, de crier sur tous les toits du monde l’injustice qui s’est abattue sur toi et le mépris qu’affiche la justice à ton égard. En emprisonnant un écrivain, on joue avec le feu : qui pourrait emmurer l’imaginaire quand on sait qu’il a des ailes de géant, qu’il chante à toutes les saisons l’hymne de la liberté ?

Au moment où le monde est en pleine éclosion, ton pays s’illustre par des pratiques pour le moins rétrogrades. On repousse tes recours en justice, comme si ta parole, livrée au grand public, fragiliserait les fondations du régime de ton pays. Je crois que c’est le cas, et cette parole est désormais en nous. Nous la portons à travers les quatre coins de la terre pour rappeler à tous les ennemis de la liberté d’expression qu’une armée invisible et invincible s’avance et qu’avec nos mots, nous feront tomber ces barrières qui font reculer le genre humain.

Oui, mon Cher Dieudonné, tu n’es pas seul, nous sommes avec toi, nous sommes en toi, et nous serons plus que jamais le prolongement de ta voix, jusqu’à ce que tu sortes de cet enfermement et que tu reprennes ta plume pour enchanter tes lecteurs, les faire rêver et contribuer à dessiner les contours d’un Cameroun nouveau et, au-delà, d’une autre Afrique, libre et démocratique. Tu es notre martyr, et c’est que nous nous répéterons chaque fois que nous nous retrouverons entre collègues. Ouvre les oreilles, tu entendras notre voix et notre implacable colère qui est déjà au seuil de ta cellule…

Courage, mon frère, nous sommes là !

<b>Alain Mabanckou   </b>

Jour de l’écrivain emprisonné: Enoh Meyomesse