Home Page > Resolution sur le Honduras, au 80ème congrès mondial de Bishkek, Kyrgyzstan

RESOLUTION SUR LE HONDURAS

Assemblée des délégués de Pen International réunie au 80ème congrès mondial de Bishkek, Kyrgyzstan, – 29 septembre au 2 octobre 2014

Depuis la destitution du président José Manuel Zelaya en juin 2009, le Honduras est devenu l’un des pays les plus dangereux au monde. En 2011, avec un taux d’homicide de 91,6 meurtres pour 100 000 citoyens, le pays est désormais la capitale internationale du meurtre. Alors que la sécurité s’est fortement détériorée, des douzaines de journalistes ont été tuées et de nombreux autres continuent de travailler dans un climat de peur et d’autocensure.

Les cartels de drogues transnationaux sont responsable d’une part importante de cette violence, mais un récent rapport de PEN et de l’International Human Rights Program (IHRP) de la Faculté de droit de l’Université de Toronto a conclu que la crise de ces dernières années provient également historiquement d’une violence approuvée par l’Etat et d’une corruption profonde au sein des forces de sécurité. Ainsi, les journalistes et défenseurs des droits de l’homme estiment que les représentants de l’état sont l’une des premières sources de violence ciblée et de violation des droits de l’homme.

Les échecs répétés de lutte contre la corruption chronique au sein des forces de l’ordre ont miné la confiance de la population dans les agences de l’état et entravé la capacité institutionnelle du système judiciaire. Les meurtres de journalistes font rarement l’objet d’enquêtes et ne sont guère élucidés. Au moment où nous écrivons cette résolution, seulement quatre condamnations ont été prononcées dans au moins 44 cas de meurtres de journalistes depuis 2003.

Le bureau du Procureur Spécial pour les Droits de l’Homme manque cruellement de moyens financiers et de compétence nécessaire pour enquêter sur les meurtres de  journalistes et poursuivre les coupables. De même, on note l’absence d’un axe droits de l’Homme pour le bureau du Procureur Spécial en charge des crimes contre la vie, créé en août 2013, et peu d’informations publiques sont disponibles à propos de ses activités. De plus, jusqu’à récemment, les intérêts divergents au sein même des agences en charge des violences commises contre les journalistes – l’organisme de conciliation indépendant, Le Commissaire National aux Droits de l’Homme et le Sous-secrétariat aux droits de l’homme et à la justice –  ont donné lieu à une réponse peu ou mal coordonnée et ont gâché le peu de moyens de l’Etat dédié aux travail pour les droits de l’homme. Ce chevauchement institutionnel a engendré une situation telle que la responsabilité de garantir la justice pour les victimes et leurs familles ne repose sur aucune agence en particulier. A ce jour, malgré des signes d’amélioration dans cette coordination et la transparence d’exécution, la réponse à la poussée de violence envers les journalistes consiste encore et toujours en un cocktail de ressources insuffisantes, d’incompétence bureaucratique, de fuite des responsabilités et de déni total.

Les menaces sérieuses posées à la liberté d’expression au Honduras vont bien au-delà de la violence contre les journalistes. Elles sont inséparables du manque de soutien institutionnel aux arts et humanités, ou à tout autre activité qui encourage une culture de lecture et de pensée critique. La diffamation constitue encore dans ce pays un délit criminel.

À la lumière de ces faits, l’assemblée des délégués Pen International exhorte le gouvernement du Honduras à mettre tout en œuvre :

  • Pour s’assurer que les nouveaux mécanismes juridiques destinés à améliorer  la sécurité des journalistes (tel que le projet de loi de protection des défenseurs des droits de l’homme, journalistes, communicateurs sociaux et professionnels du droit) soient appliqués avec des moyens financiers, humains et techniques suffisants et une volonté politique forte afin d’être efficaces.

 

  • Pour améliorer la mise en place de la Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme en ce qui concerne les mesures de précautions à l’égard des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes, en s’assurant que les institutions qui agissent pour promouvoir et protéger leurs droits jouissent de moyens financiers suffisants, communiquent régulièrement sur leur travail et agissent de manière transparente et coordonnée.

 

  • Pour réaffirmer la relation étroite entre liberté d’expression et diversité culturelle en s’assurant que les espaces culturels reçoivent des fonds suffisants et soient autorisés à agir en toute autonomie.

 

  • Pour dépénaliser la diffamation.