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PEN International demande la libération des bloggeurs et journalistes éthiopiens

Thursday 1 May 2014 - 1:00am

L’arrestation de neuf bloggeurs et journalistes en Éthiopie quelques jours avant la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai souligne une fois encore les inquiétudes de  PEN International en ce qui concerne la liberté d’expression dans le pays. PEN se rappelle avec consternation que l’an dernier la Cour suprême éthiopienne a marqué la Journée mondiale de la liberté de la presse en confirmant la peine de prison de 18 ans très douteuse du journaliste  EskinderNega pour activités liées au terrorisme; lui-même et au moins quatre autres journalistes sont en prison en Éthiopie pour des condamnations similaires.

Au-delà de la Journée mondiale de la liberté de la presse et  du deuxième Examen périodique universel de l’Éthiopie aux Nations-Unies le 6 mai au cours duquel le dossier des droits de l’homme du pays seront passé en revue,  PEN réitère ses appels auprès des autorités éthiopiennes à libérer immédiatement et sans condition les journalistes, bloggeurs et activistes indépendants détenus pour l’exercice pacifique de leur droit à la liberté d’expression et d’association. Elle appelle également les autorités à annuler ou amender ses lois contre le terrorisme et sur les médias qui sont fréquemment employées pour harceler les journalistes et limiter la libre expression dans le pays.

PEN appelle les autorités éthiopiennes à :

  • libérer immédiatement et sans condition les journalistes, bloggeurs et activistes indépendants détenus pour l’exercice pacifique de leur droit fondamental à la liberté d’opinion, d’expression et d’association protégé en vertu à la fois de la Constitution éthiopienne (Articles 27 et 31) et des traités internationaux sur les droits de l’homme auxquels l’Éthiopie est partie, notamment le Pacte international des Nations-Unies sur les droits civils et politiques et la Charte africaine sur les droits de l’homme et des peuples ;
  • annuler ou amender la Loi contre le terrorisme et la Loi sur la liberté des médias grand public et l’accès aux informations  afin qu’elles se conforment aux obligations de l’Éthiopie en vertu du droit international relatif à la liberté d’opinion, d’expression et d’association ;
  • s’assurer que tous les journalistes et bloggeurs détenus ou emprisonnés se voient octroyer un accès aux visiteurs, notamment les avocats et les traitements médicaux tel qu’inscrit dans la Constitution éthiopienne (Article 21.2).

Veuillez envoyer les demandes réitérant les appels de PEN (mentionnés ci-dessus) à :

M. Le Premier Ministre
Hailemariam Desalegn
Bureau du Premier Ministre
P.O. Box 1031
Addis Ababa
Ethiopie
Fax : +251 11 551 1244
E-mail par le biais du ministère de la Justice : mojmo@ethionet.et
Message via Facebook : https://www.facebook.com/pages/PM-HaileMariam-Desalegn/130218980457764
Twitter : @HailemariamD
Salutation : Cher Monsieur le Premier Ministre

Veuillez également envoyer une copie de votre appel à votre représentant diplomatique éthiopien le plus proche (les coordonnées des ambassades éthiopiennes sont indiquées ici : http://www.mfa.gov.et/abouttheministry.php?pg=6#vdo and http://embassy.goabroad.com/embassies-of/ethiopia).

***Merci d’envoyer les appels immédiatement. Vérifier auprès de PEN International en cas d’envoi après le 4 juin 2014***

 

Le 25 avril 2014, six bloggeurs de Zone 9  – Atnaf Berhane, Mahlet Fantahun, Natnael Feleke, Befeqadu Hailu, Zelalem Kiberet et Abel Wabela – et le journaliste indépendant Tesfalem Waldyes ont été détenus dans ce qui semble être une série d’arrestations coordonnées. Le lendemain, les journalistes Asmamaw Haile Gorgis et Edom Kassaye ont été également arrêtés. Les neuf personnes ont été prétendument déférées devant un tribunal sans représentation légale le 27 avril et ont été  détenues au secret dans le centre de détention Maekelawi depuis leur arrestation. Selon un rapport de surveillance récent des Droits de l’homme, qui a détaillé des abus graves aux droits de l’homme à  Maekelawi, les détenus se voient rarement octroyer un accès à un avocat ou à leurs proches pendant la phase d’enquête initiale.  Waldyes, Haile Gorgis et Kiberet devraient  être entendus au tribunal le 7 mai alors que les six autres seront entendus le 8 mai.

Deux jours avant l’arrestation des bloggeurs, Zone 9 – un collectif indépendant de bloggeurs qui milite contre la répression politique et les abus aux droits de l’homme en Éthiopie – a annoncé la reprise des opérations après un hiatus de plusieurs mois en raison de problèmes de sécurité. La veille de son arrestation, Fekele a été prétendument obligé de remettre les coordonnées de tous les contributeurs de Zone 9, ce qu’il a refusé de faire.  Les bloggeurs ont été accusés de travailler avec des organisations étrangères en faveur des droits de l’homme et de recevoir des financements pour inciter à la violence publique par le biais des médias sociaux. En tant que tel, PEN est concerné par le fait que leur arrestation fasse partie des tentatives constantes des autorités de refreiner la liberté d’expression dans le pays.

On pense que Waldyes (journaliste indépendant écrivant pour l’hebdomadaire English Fortune et le mensuel Addis Standard), Haile Gorgis (rédacteur du mensuel en langue amharique Addis Guday) et Kassaye (ancienne journaliste du quotidien nationalisé Addis Zemen et membre de l’Association des journalistes éthiopiens) ont été arrêtés  pour suspicion d’affiliation à Zone 9. Dans les semaines qui ont précédé son arrestation, Kassaye a fait l’objet d’une surveillance et d’un interrogatoire quant à sa connexion avec et aux activités de Zone 9, notamment leur relation avec des organisations étrangères des droits de l’homme.

Zone 9, dont la devise est "Nous blogons car nous sommes attentifs", a été formé en mai 2012 en réponse au rétrécissement de l’espace de libre expression dans le pays. Le nom du groupe est supposé être tiré de la prison de Kality, la prison principale où les prisonniers politiques éthiopiens sont détenus. L’accès au blog est régulièrement bloqué en Éthiopie ; il a toutefois une base solide de suiveurs dans la communauté de la diaspora éthiopienne. Les activités sur le blog ont été suspendues pendant sept mois suite au harcèlement de ses membres par des agents de sécurité, mais ses contributeurs sont restés actifs sur les médias sociaux. Les membres de Zone 9 parmi ceux arrêtés sont supposés avoir rencontré l’Institut international de la presse pendant sa mission de novembre 2013 sur le pays.

La campagne de PEN International sur l’Éthiopie

En septembre 2013, PEN International a remis un rapport sur la situation des écrivains et des journalistes et la liberté d’expression en Éthiopie, produit conjointement avec le Comité de protection des journalistes et de la liberté aujourd’hui, à l’attention du groupe de travail de l’UPR.  Le rapport trouve que le climat pour la libre expression, la liberté de la presse et la liberté numérique en Et5hopie s’est détérioré depuis son premier examen en 2009. L’Éthiopie n’a pas réussi à honorer ses engagements de faire correspondre la législation contre le terrorisme avec les normes légales internationales sur les droits de l’homme ou de prendre des mesures significatives en faveur de la protection de la liberté des médias. L’Éthiopie continue de menacer, poursuivre et détenir des écrivains et des journalistes. Une inquiétude particulière est l’utilisation continue de la détention arbitraire, le manque d’accès aux informations du gouvernement, la suppression des réunions pacifiques et les lois restrictives relatives à l’Internet et aux technologiques numériques.

Depuis 2009, l’Etat a de plus en plus utilisé sa Loi contre le terrorisme  No. 652/2009 pour arrêter, poursuivre et détenir arbitrairement des journalistes indépendants et des opposants activistes.  Au moins cinq journalistes de la presse écrite sont actuellement détenus  dans le pays pour des démits supposés de terrorisme :  Eskinder Nega (journaliste pour le magazine politique aujourd’hui disparu Change),Reeyot Alemu(contributeur à l’hebdomadaire Feteh), Woubshet Taye (rédacteur-adjoint de l’aujourd’hui disparu  Awramba Times),Yusuf Getachew et Solomon Kebede (rédacteur et directeur de la publication du journal hebdomadaire aujourd’hui disparu  Ye Muslimoch Guday [affaires islamistes]) ; pour plus d’informations veuillez consulter les actions précédentes de PEN et la listedes affaires. PEN pense que ces journalistes ont été emprisonnés en raison de leur rapport critique et considère que la Loi contre le terrorisme est draconienne. Des actions classées comme ‘terroristes’ par la loi ne seraient souvent même pas considérées comme des crimes en dehors d’Éthiopie.

En décembre 2013, PEN International a protesté contre l’emprisonnement continu de Reeyot Alemu et Eskinder Nega, demandant aux autorités éthiopiennes de libérer les journalistes immédiatement et sans condition et qu’Alemu se voit donner un accès immédiat à un traitement médical. PEN a également invité ses membres et le public à envoyer des messages de solidarité à Alemu et à Nega en prison et a pris part au tweet  #Kality Tweet Chat sur la situation de la liberté de la presse en Éthiopie. Le 8 mars 2014, PEN International a utilisé la Journée internationale de la femme pour de nouveau soulever la prise de conscience pour Alemu, qui a passé son 1 000 ème jour en prison ce mois.

Pour de plus amples détails veuillez contacter Tamsin Mitchell, expert sur l’Afrique, Comité des écrivains en prison PEN International, Brownlow House, 50-51 High Holborn, London WC1V 6ER Tél. : +44 (0) 207 405 0338 Fax +44 (0) 207 405 0339 e-mail : tamsin.mitchell@pen-international.org